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jeudi, 21 novembre, 2019
Démarche d’orientation auprès de clients autistes : se donner le temps d’intervenir différemment
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Démarche d’orientation auprès de clients autistes : se donner le temps d’intervenir différemment

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Qu’ils pratiquent à l’école secondaire, au collégial, en pratique privée ou en employabilité, les professionnels de l’orientation reçoivent de plus en plus de demandes de clients autistes. Cela est un phénomène incontournable : environ 1 % de la population est autiste et de plus en plus de personnes obtiennent un diagnostic qu’elles ne cherchaient pas ou n’arrivaient pas à obtenir auparavant. L’accès à des mesures d’accommodement leur permet d’obtenir des diplômes de tous les cycles d’études et d’aspirer à un avenir professionnel épanouissant. Plusieurs professionnels se sentent déroutés lorsqu’ils interviennent auprès d’une clientèle atypique sur le plan des relations humaines et de la communication. Quelques adaptations peuvent toutefois faire la différence pour un accompagnement réussi.

Cela prendra plus de temps

Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est un trouble neurodéveloppemental présent dès la naissance. Selon le Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM- 5), ce trouble se caractérise principalement par des difficultés de communication verbale et non verbale, ainsi que des difficultés à interagir adéquatement avec les autres. On remarque également la présence d’intérêts restreints et du besoin d’une routine qui encadre les activités.

Presque toutes les particularités des personnes autistes sont mises au défi dans une démarche d’orientation où s’établit une relation humaine basée sur la communication orale.
Cela n’est donc pas surprenant si plusieurs conseillers d’orientation se sentent démunis lorsque vient le temps d’intervenir auprès de personnes ayant un TSA. Mais intervenir adéquatement auprès de ces personnes ne nécessite que quelques ajustements assez accessibles. Le tout premier est de se donner du temps.

Tout d’abord, le TSA affecte souvent le traitement de l’information verbale et non verbale.  Les échanges verbaux nécessiteront plus de temps. Ensuite, l’autisme est un trouble du développement. Les clients autistes ne développent pas leur autonomie au même rythme que les autres de leur âge. Il est de mise de clarifier très explicitement les attentes du client et de se donner le droit d’avoir des objectifs plus modestes, mais plus réalistes. Une démarche d’orientation réussie ne sera pas forcément une démarche qui débouche sur un choix professionnel ou un choix de programme d’études, mais davantage sur le développement de la personne dans sa compréhension de soi et du monde du travail.

Tous les professionnels ne bénéficient pas des mêmes conditions de travail, mais il faut idéalement accorder une dizaine de rencontres à un client autiste pour qu’il puisse vivre les étapes nécessaires à la connaissance de soi et du monde du travail. Ces rencontres ne devraient pas non plus s’échelonner sur dix semaines, mais être entrecoupées de moments de pause pour permettre à la personne de donner du sens aux expériences vécues.

La connaissance de soi : miser sur les forces

Un autre élément important à considérer c’est d’accompagner le client pour qu’il identifie ses forces plutôt que ses intérêts. Si les intérêts sont le point de départ logique de toute démarche d’orientation, trop s’y attarder avec une personne autiste comporte des risques. Plusieurs personnes autistes ont des passions particulières qui consomment beaucoup de leur temps éveillé et nombreuses sont celles qui sont très enthousiastes à en parler. Cette passion est une très bonne chose, car elle les rend heureuses et leur permet d’apprendre, mais toutes les passions ne sont pas forcément transférables en emploi. Aussi, plusieurs personnes autistes entretiennent une passion pour un domaine dans lequel les employeurs auront des attentes qui ne correspondent pas à leurs forces. Le passionné d’histoire qui se voit enseigner l’histoire devra développer des habiletés relationnelles accrues. Le passionné de lecture qui se voit travailler à la bibliothèque devra développer ses aptitudes en service à la clientèle et en animation de groupe. Le passionné de musique qui se voit devenir compositeur devra accepter de « créer sur demande », dans un style artistique qui ne lui plaît peut-être pas… Dans ces cas-là, il vaut mieux investiguer les forces, les aptitudes et les talents que la personne a développés à travers ces heures investies dans la passion particulière et l’aider à trouver des emplois qui nécessitent ces talents. Le passionné d’histoire a développé une excellente aptitude à faire de la recherche documentaire et à classifier l’information. Le passionné de lecture maîtrise la langue française à la perfection et détecte les fautes mieux que ne le ferait un logiciel de correction. Le passionné de musique a appris par lui-même les gammes et les modes musicaux et est capable d’apprendre le langage informatique sans effort. Ainsi, le premier pourra envisager un emploi de recherchiste, le second de réviseur linguistique et le dernier comme programmeur en informatique… Il est gagnant de prendre un recul par rapport à ce qui semble « évident » et d’analyser l’adéquation entre les forces du client et les conditions de travail qui lui permettront de les manifester.

L’exploration professionnelle : vivre des expériences concrètes

S’il est facile de décrire en mots des exemples de démarche d’orientation, il sera plus difficile pour le client autiste de s’approprier sa connaissance de soi par des mots. La majorité des personnes autistes doivent accorder beaucoup de temps et d’énergie aux informations verbales. Elles sont plus nombreuses à appréhender le monde de manière visuelle, logique et concrète. Les informations visuelles et l’expérience concrète leur donnent des repères dans notre monde social souvent ambigu et contradictoire. Pour permettre au passionné d’histoire de comprendre qu’il est bon en recherche documentaire, il sera plus utile de lui faire vivre une telle expérience, plutôt que de lui dire. Cela est certes plus énergivore et prend plus de temps, mais le professionnel de l’orientation sera plus gagnant en accompagnant son client à s’inscrire à des activités « Élève d’un jour», à aller aux soirées « portes ouvertes» d’établissements d’enseignement et à se trouver des stages d’un jour. Cela accroîtra la confiance en soi du client, élément essentiel au passage à l’action dans un choix scolaire et professionnel.

En somme, une démarche d’orientation avec un client ayant un TSA n’est pas si différente de celle avec un client typique.
Le TSA ne change que quelques aspects du fonctionnement de la personne. Le reste repose sur l’unicité de sa personnalité, ses expériences, ses autres ressources personnelles et celles de son milieu. Toutefois, certaines adaptations peuvent faciliter un accompagnement en orientation et permettre au client d’atteindre ses buts et permettre au professionnel d’accroître son efficacité. En bout de ligne, ce sont en bonne partie les attentes de chacun qui devront être revues afin de se donner tout le temps qui est nécessaire et de faire des activités qui sortent de l’ordinaire. Après tout, si notre client n’est pas typique, c’est l’occasion de ne pas être un professionnel typique!

Émilie Robert est conseillère d’orientation au collégial depuis plusieurs années. Elle œuvre spécifiquement auprès d’étudiants en situation de handicap au Collège Montmorency. Elle est l’auteure du livre « Les personnes autistes et le choix professionnel : Les défis de l’intervention en orientation » paru chez Septembre en 2015. Elle donne également des conférences sur l’intervention en orientation auprès de personnes autistes.
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Émilie Robert est conseillère d’orientation au collégial depuis plusieurs années. Elle œuvre spécifiquement auprès d’étudiants en situation de handicap au Collège Montmorency. Elle est l’auteure du livre « Les personnes autistes et le choix professionnel : Les défis de l’intervention en orientation » paru chez Septembre en 2015. Elle donne également des conférences sur l’intervention en orientation auprès de personnes autistes.