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L’orientation en contexte interculturel
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L’orientation en contexte interculturel

Difficile de passer à côté, l’actualité focalise sur plusieurs sujets touchant l’interculturel, la diversité, les valeurs, l’insertion sociale et professionnelle des personnes immigrantes ainsi que les différentes générations issues de l’immigration. Lorsque la pratique professionnelle en orientation aborde ces sujets, les premiers réflexes nous portent à adapter nos services. Mis à part les incontournables, dont les barrières linguistiques, la méconnaissance du système d’éducation ou les codes sociaux, comment adapter nos interventions ? Cet article a comme but de couvrir qu’une facette supplémentaire de l’orientation en contexte interculturel parmi tant d’autres. Nous voulons éviter de catégoriser et de choisir notre approche selon l’appartenance d’un individu avant même d’investiguer sur son contexte ou de le connaître étant donné qu’il est difficile de trancher entre ce qui appartient au facteur humain et ce qui est d’origine culturelle.

Les grandes motivations qui amènent les individus et les familles à immigrer résident dans l’espoir de vivre en sécurité et de sortir de la précarité financière tout en ayant des opportunités scolaires, professionnelles et personnelles.
Ces motivations deviennent souvent les principaux vecteurs pouvant déterminer un choix de carrière. En percevant un monde d’opportunités où tout est possible, typiquement connu comme le rêve américain, les excuses pour ne pas avoir atteint les aspirations professionnelles deviennent inadmissibles. Cette inadmissibilité induit souvent du stress de performance pour certains et de la pression parentale pour d’autres. Pour plusieurs, le bonheur passerait par la sécurité financière, le prestige et l’honneur écartant parfois l’épanouissement et la réalisation de soi surtout lorsqu’ils ont l’impression d’avoir fait beaucoup de sacrifices (s’éloigner de la famille, quitter un emploi, endettement pour un retour aux études, etc.). Ici, il n’est pas question de juger de la sincérité vocationnelle d’une personne aspirant à la médecine, au droit, à la pharmacie ou au génie. À partir de ce dernier exemple, nous risquons de stigmatiser la pression à l’immigration. Cette même pression professionnelle, qu’elle soit personnelle ou parentale, se retrouve aussi dans plusieurs familles ou milieux sans contexte interculturel marquant. Une dissociation de l’interculturel ajusterait davantage nos interventions en dégageant l’essence derrière les motivations et les préoccupations.

Pour dégager l’essentiel, il s’agit principalement de distinguer le vécu subjectif lors d’une rencontre en orientation au même titre que nous distinguons les préférences et les compétences à partir d’expériences antérieures. Par exemple, nous pourrions dégager une facilité d’adaptation auprès d’un jeune qui a su rapidement transiter entre deux pays. Parallèlement, nous pourrions refléter une bonne capacité d’adaptation chez un jeune qui nous partage sa facilité à occuper et à intégrer plusieurs emplois à la fois. Bref, la capacité d’adaptation n’a pas de frontière comme les traits de personnalité ou les intérêts.

Ce principe de distinguer le vécu subjectif s’applique aussi auprès de plusieurs perceptions qui auraient déjà été soulignées lors de panels et de conférences sur ce sujet dont :

  • des compétences et des professions seraient davantage valorisées dans certaines régions du monde, mais ceci n’exclut pas que plusieurs individus d’une de ces régions pensent autrement;
  • les tabous liés aux mesures d’accommodement et aux diagnostiques des troubles et les limitations comme la santé mentale, les difficultés neurologiques ou d’apprentissage. La gêne d’admettre une limitation et de consulter n’a pas de barrière culturelle même si certains milieux sont davantage sensibilisés;
  • le type de pédagogie privilégiée où certains systèmes d’éducation ne seraient que magistraux malgré la diversité des modes d’enseignement (pédagogie participative, résolution de problèmes, etc.);
  • la perception du rôle du professionnel en orientation en dépit des pratiques novatrices;
  • le choix de l’établissement scolaire à partir de sa réputation pour se démarquer sur le marché du travail même si les employeurs sélectionnent leur personnel principalement à partir des compétences;
  • le scepticisme face à l’information scolaire et professionnelle malgré des sources fiables;
  • la gestion personnelle et familiale d’un échec ou d’un refus même en présence de parents soucieux du développement socio-affectif de leurs jeunes;

Un retrait temporaire du contexte interculturel de la personne rencontrée s’impose dans notre pratique. Les individus, même issus d’un milieu semblable, gèrent différemment une problématique identique d’où l’importance d’intervenir individuellement.

Il serait réducteur de tenter de catégoriser les différentes communautés pour ne répondre que dans leurs schèmes puisque l’intention est d’en arriver à une prise de décision consciencieuse. Ainsi, nous accompagnons la personne dans le développement de son autonomie face à la prise de décision en l’aidant à mieux dégager ses motivations intrinsèques.

La grande majorité des définitions de l’interculturel convergent sur les relations, les interactions, les perceptions et les différences d’opinion entre les civilisations ou des groupes d’appartenance dans des systèmes de valeurs différents. Pourtant, cette définition s’applique autant aux différentes générations, aux différentes valeurs organisationnelles, aux différentes classes sociales ou aux différentes idéologies politiques. Il y a plusieurs personnes issues d’une grande variété de milieux géopolitiques qui partagent les mêmes positions et perceptions. Pourquoi l’interculturel serait-il si différent des autres différenciations puisque notre profession porte sur les motifs individuels qui, à leur tour, n’ont pas de frontières? Pour faciliter notre pratique, nous pouvons nous rappeler que nous ajustons naturellement notre approche sociale pour chaque personne lors de nouvelles rencontres qu’elles soient professionnelles ou personnelles. Il ne s’agit pas d’écarter l’approche contextuelle, mais plutôt d’y intégrer l’expérience subjective afin d’aider la personne à se comprendre dans son environnement.

Remerciements à Marie-Claude Morin, c.o.

Jean-François Jarry est conseiller d’orientation et conseiller à l’approche orientante au Collège de Maisonneuve et aborde ses étudiants avec une perspective psychodéveloppementale à partir de laquelle il a adapté une multitude d’outils et de réflexions qu’il n’hésite pas à diffuser. Durant 10 ans de pratique, il s’est spécialisé sur plusieurs sujets dont les mécanismes liés à la prise de décision, l’orientation en contexte interculturel, la maturité vocationnelle, les pratiques novatrices en orientation, la vulgarisation du calcul de la cote de rendement au collégial (cote R), les parallèles avec le jeu vidéo et le développement des compétences, l’acharnement vocationnel et la pédagogie orientante. À travers différents médias et sujets de conférence, Jean-François Jarry sensibilise les professionnels de l’orientation au fait de continuer à varier leur pratique pour la partager à leur tour.
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Jean-François Jarry est conseiller d’orientation et conseiller à l’approche orientante au Collège de Maisonneuve et aborde ses étudiants avec une perspective psychodéveloppementale à partir de laquelle il a adapté une multitude d’outils et de réflexions qu’il n’hésite pas à diffuser. Durant 10 ans de pratique, il s’est spécialisé sur plusieurs sujets dont les mécanismes liés à la prise de décision, l’orientation en contexte interculturel, la maturité vocationnelle, les pratiques novatrices en orientation, la vulgarisation du calcul de la cote de rendement au collégial (cote R), les parallèles avec le jeu vidéo et le développement des compétences, l’acharnement vocationnel et la pédagogie orientante. À travers différents médias et sujets de conférence, Jean-François Jarry sensibilise les professionnels de l’orientation au fait de continuer à varier leur pratique pour la partager à leur tour.
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