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Le printemps passé, des milliers d’élèves ont dû choisir leur avenir. Aujourd’hui, à l’entrée des classes, certains avancent avec confiance et d’autres regrettent déjà leur décision. Et puis, il y a celles et ceux pour qui chaque choix soulève plus de questions que de réponses. C’est le cas de la petite fille dont je vais vous parler.
Petite, elle voulait être princesse. Comme beaucoup de fillettes du début des années 2000. Mais, étant une enfant évoluée, elle avait quand même un plan B : devenir enseignante au primaire. C’était son rêve. Et son jeu préféré? Jouer à la prof. Elle donnait des devoirs, inventait des leçons, corrigeait des copies imaginaires… au point où sa sœur, elle, n’en pouvait plus. Mais pour elle, c’était clair : c’est ce qu’elle voulait faire.
Arrivée au secondaire, en pleine quête identitaire, l’adolescente lançait toutes sortes d’idées de carrières pour avoir l’air cool : comédienne, travailleuse sociale, SWAT… pourtant en réalité, son rêve d’enseigner restait bien ancré. Elle se voyait le faire au secondaire, mais aucune matière ne l’accrochait réellement. Elle allait voir la conseillère d’orientation sans trop savoir quoi dire. Elle ne se connaissait pas encore. Elle aurait voulu que la conseillère trouve la réponse à sa place, sans qu’elle ait à réfléchir trop fort. Résultat? Elle s’inscrivit en littérature au cégep. Parce que lire, elle aimait ça. Et parce que, dans le fond, elle espérait qu’aimer les livres de vampires suffirait à en faire une vocation.
Des résultats scolaires moyens, et quelques rencontres de plus avec une conseillère en orientation, elle changea de programme. Direction : sciences humaines, pour enseigner au primaire.
Finalement, elle revenait à son rêve d’enfant. Après tout, ça avait toujours été son projet, non?
Première session, premier cours : Introduction à la psychologie. Coup de cœur immédiat. Nouveau rêve, nouvelle vocation. Elle se voyait déjà prof de psychologie au cégep. C’était l’évidence. Sa destinée!
Arrivée à l’université, inscrite au baccalauréat en psychologie, elle s’installa en avant dans un auditorium de 250 personnes, prête à commencer le cours « Sensibilisation aux pratiques de la psychologie ». Le prof parlait des différentes avenues professionnelles… et surtout de la compétition féroce qui y régnait. Et là, choc. Elle le sut tout de suite : la compétition, ce n’était pas pour elle.
Elle commença donc à fouiller parmi les autres programmes offerts à l’université.
Relation d’aide? Trop de poids sur les épaules.
Éducation? Enseigner quoi, au juste? Elle se voyait mal expliquer les participes passés alors qu’elle avait failli échouer l’épreuve uniforme de langue.
Un peu au hasard, elle choisit une formation : le développement de carrière. En blague, elle se dit : « Tant qu’à ne pas savoir ce que je veux faire de ma vie, aussi bien dire aux gens quoi faire de la leur! ».
Elle était fatiguée de peser le pour et le contre, elle décida d’y aller à l’aveugle. Les cours pratiques? Mieux valait vivre dans le déni, question de survie. Elle se lança donc, les deux yeux fermés, dans ce qui allait devenir, contre toute attente, le plus beau métier du monde à ses yeux.
L’instinct? Le hasard? Un sort? On ne saura jamais vraiment ce qui l’a menée là. Ce qu’on sait, c’est qu’aujourd’hui, elle exerce un métier qui la fait vibrer. C’est parfois exigeant, souvent touchant, toujours humain. Elle continue, elle apprend, elle doute… mais elle avance. Et surtout, elle est fière. Fière d’avoir appris que changer d’idée, c’est aussi évoluer. Que l’orientation, ce n’est pas seulement trouver un métier : c’est apprendre à se connaître.
Je le sais, parce que cette petite fille, c’était moi.
Je n’ai pas le parcours le plus difficile ni le plus simple. J’ai le parcours de la moyenne. De celle qui doute, qui cherche, qui se remet en question.
Aujourd’hui, je ne prétends pas tout savoir. Mais je sais une chose : en avançant un pas à la fois, on finit par arriver exactement là où on devait aller.
Cette petite fille qui voulait être princesse n’a pas raté sa vocation. Elle a juste mis du temps à trouver la bonne couronne.
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.
Cet article a été publié en premier lieu sur Espace Carrière. Cliquer ici pour consulter l’article original.



