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Et si un questionnaire d’orientation devenait aussi un prétexte pour parler de sens, de récit de vie, et même de poésie?
C’est cette idée, simple et audacieuse à la fois, qui a donné naissance à l’Inventaire du cheminement personnel (ICP) en 2019 — à la suite d’une rencontre avec la responsable des services d’orientation du deuxième cycle du Collège Jean‑de‑Brébeuf.
À l’époque, le constat était clair : si plusieurs outils classiques, comme l’Inventaire Strong, rendaient toujours service, ils peinaient à rejoindre la réalité éducative, émotionnelle et sociale des jeunes d’aujourd’hui. Il fallait créer un instrument plus inclusif, plus vivant, capable de nourrir à la fois la réflexion identitaire et vocationnelle, directement en salle de classe.
Entre 2019 et 2026, avec le soutien financier des Projets Alpha et Oméga, une équipe multidisciplinaire — onze conseillers d’orientation, un idéateur, un poète, un photographe, un monteur, un musicologue, deux graphistes, un psychométricien et un informaticien — a donné forme à ce projet : un outil numérique, un site artistique et un matériel d’accompagnement qui marie rigueur et créativité.
Quand l’orientation devient récit
Le second volet de l’ICP propose un questionnaire de développement composé de douze questions ouvertes, invitant à la rédaction de trois courts récits autobiographiques. Inspiré de la psychologie narrative et constructiviste, ce volet amène les participants à revisiter leur parcours, à déterminer des thèmes de vie récurrents et à tracer des lignes de sens pour l’avenir.
Une orientation qui s’expérimente auprès des adultes
Ce travail s’inscrit dans la filiation de l’orientation agissante proposée par Denis Pelletier. Inspiré par la pensée de Bandura, Pelletier souligne que la connaissance de soi naît de l’expérimentation : c’est en agissant, en osant, qu’on découvre son efficacité personnelle.
Selon cette approche, l’orientation ne suit pas un continuum linéaire ; elle surgit d’occasions à saisir — ou à laisser passer. La décision d’agir dépend alors d’émotions, d’un rapport subjectif à l’incertitude et de la confiance que l’on accorde à ses propres capacités.
C’est dans cet esprit que nous avons élaboré, avec Georges et Wilfrid, de nouvelles questions destinées à des adultes. Chaque texte demande un minimum de 150 mots : une invitation à ralentir, à réfléchir, à écrire son cheminement.
La première question demande :
Repensez à une situation ou à une expérience qui vous a fait prendre conscience d’un nouveau sentiment de compétence.
L’une des réponses reçues se lit ainsi :
Le sentier étranger
Cher Albert,
Ce matin, pour la première fois, j’ai refusé de suivre la consigne et j’ai pris un sentier oublié plutôt que la route directe vers mon bureau. En m’éloignant des corridors sans fenêtre de ma vie de fonctionnaire, j’ai ressenti un plaisir étrange, mêlé d’une peur sourde. Tout, dans mon existence, avait été tracé d’avance, comme ces itinéraires scolaires que vous nous proposiez, et que je suivais sans dévier.
En laissant le hasard guider mes pas, j’ai cru être malade : sueurs froides, jambes légères, vertige, comme si j’allais m’envoler hors de la cage que j’avais moi-même construite. Un sentiment de culpabilité m’a alors frappé, comme un nuage noir en plein après-midi, au seul motif d’avoir quitté la voie sûre. Assis sur une vieille bûche, sous un rayon de soleil obstiné, j’ai compris que ce simple détour contenait peut-être plus de vie que toutes mes années de prudence.
Entre questionnaire et poésie
Ce genre de récit nous rappelle combien chaque trajectoire humaine est déjà une œuvre en soi.
L’ICP ouvre un espace inédit entre le questionnaire et le témoignage : un lieu où l’orientation devient expérience humaine.
Alliant rigueur scientifique, narration et sensibilité esthétique, il permet de faire entrer non seulement des données à interpréter, mais des voix à écouter.
Car au fond, s’orienter, c’est apprendre à raconter — à soi-même, d’abord — comment l’on devient quelqu’un dès 60 ans.
Dans cette perspective, D60 ne se réduit ni à un moment scolaire ni à une préparation à la retraite, mais s’inscrit dans un processus de développement tout au long de la vie. Certains choisiront de se retirer plus tôt du marché du travail, parfois avec fierté avant 55 ans, d’autres prolongeront leur engagement professionnel au-delà de 65 ans, mais tous demeurent engagés dans des rôles de la vie. En somme, l’ICP s’inscrit dans ce cadre conceptuel: un dispositif qui, tout en étant conçu pour les jeunes actuellement, vise l’ensemble du parcours de vie dans toutes ses dimensions (travail, famille, engagement, loisirs, bénévolat).
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre
Georges Beaulieu, titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en littérature de l’Université de Montréal, a enseigné le français pendant trois ans au secondaire et vingt ans au cégep. Pendant cinq ans, il s’est consacré à la recherche sur la pédagogie du français, avant de travailler pendant trois ans en tant que conseiller en reconnaissance des acquis d’expérience chez les adultes au Collège de Bois-de-Boulogne. Cette activité professionnelle a donné lieu à la création de la SOFEDUC, un organisme québécois composé de quelques universités et cégeps. Celui-ci permet aux étudiants de recevoir une sanction officielle grâce à la reconnaissance des acquis d’expérience. De plus, il a agi comme consultant et formateur au CPEC-PERFORMA de l’UdS, dans le cadre du perfectionnement des maîtres en enseignement collégial.
Georges Beaulieu a publié un manuel d’apprentissage intitulé Le français pour les Ukrainiens en 1979, un roman intitulé La veine du temps, paru chez Broquet en 2010, des recueils de poésie, soit La traversée, en 2013, et Écrire avec les poètes, en 2019, ainsi qu’un autre recueil intitulé L’envers du souffle, en 2023, cette fois-ci chez PAO. Cet auteur a consacré vingt-huit ans de sa carrière à la conception et à la rédaction de manuels et de matériel pédagogique pour l’entreprise PAO. Membre de la société californienne de promotion des publications de chercheurs, l’ACADEMIA, il cherche à prouver l’efficacité du poème associé à la peinture, à la photographie et à la musique pour susciter une réflexion originale sur la recherche d’un projet de vie chez les jeunes.
Wilfrid Larochelle, c.o. est propriétaire de l’entreprise PAO. Il exerce à titre de directeur et éditeur de la compagnie depuis 30 ans. Praticien de la psychologie de l’orientation, il est membre de la Human Research, de l’OCCOQ, de l’ACOC et de l’ACOP. Il est l’éditeur de trois questionnaires (Méthode d’orientation individuelle, Coach pour soi et Inventaire du cheminement personnel). Il a collaboré à l’adaptation du test d’habileté scolaire OLSAT et a reçu le prix scientifique de l’OCCOQ. Il est l’un des trois auteurs du Questionnaire sur le concept de soi édité aux Presses de l’Université du Québec.
Georges Beaulieu, titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en littérature de l’Université de Montréal, a enseigné le français pendant trois ans au secondaire et vingt ans au cégep. Pendant cinq ans, il s’est consacré à la recherche sur la pédagogie du français, avant de travailler pendant trois ans en tant que conseiller en reconnaissance des acquis d’expérience chez les adultes au Collège de Bois-de-Boulogne. Cette activité professionnelle a donné lieu à la création de la SOFEDUC, un organisme québécois composé de quelques universités et cégeps. Celui-ci permet aux étudiants de recevoir une sanction officielle grâce à la reconnaissance des acquis d’expérience. De plus, il a agi comme consultant et formateur au CPEC-PERFORMA de l’UdS, dans le cadre du perfectionnement des maîtres en enseignement collégial.
Georges Beaulieu a publié un manuel d’apprentissage intitulé Le français pour les Ukrainiens en 1979, un roman intitulé La veine du temps, paru chez Broquet en 2010, des recueils de poésie, soit La traversée, en 2013, et Écrire avec les poètes, en 2019, ainsi qu’un autre recueil intitulé L’envers du souffle, en 2023, cette fois-ci chez PAO. Cet auteur a consacré vingt-huit ans de sa carrière à la conception et à la rédaction de manuels et de matériel pédagogique pour l’entreprise PAO. Membre de la société californienne de promotion des publications de chercheurs, l’ACADEMIA, il cherche à prouver l’efficacité du poème associé à la peinture, à la photographie et à la musique pour susciter une réflexion originale sur la recherche d’un projet de vie chez les jeunes.
Wilfrid Larochelle, c.o. est propriétaire de l’entreprise PAO. Il exerce à titre de directeur et éditeur de la compagnie depuis 30 ans. Praticien de la psychologie de l’orientation, il est membre de la Human Research, de l’OCCOQ, de l’ACOC et de l’ACOP. Il est l’éditeur de trois questionnaires (Méthode d’orientation individuelle, Coach pour soi et Inventaire du cheminement personnel). Il a collaboré à l’adaptation du test d’habileté scolaire OLSAT et a reçu le prix scientifique de l’OCCOQ. Il est l’un des trois auteurs du Questionnaire sur le concept de soi édité aux Presses de l’Université du Québec.


