Ah, les ressources humaines… le rôle qu’on imagine souvent comme étant le « cœur battant » de l’entreprise, le lien entre les collaborateurs et l’organisation.
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Fatigue de compassion et gestion humaine : Quand les RH sont « à boutte »!

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Ah, les ressources humaines… le rôle qu’on imagine souvent comme étant le « cœur battant » de l’entreprise, le lien entre les collaborateurs et l’organisation. Mais soyons honnêtes : occuper une fonction dans les ressources humaines, que ce soit par choix ou par dépit, c’est tout sauf reposant. Entre les conflits à gérer, les émotions des membres de l’équipe, le processus d’accueil et d’intégration et le roulement de personnel, tu peux rapidement te retrouver submergé. Et justement, c’est là qu’arrive un phénomène de plus en plus courant : la fatigue de compassion. 

Qu’est-ce que la fatigue de compassion? 

La fatigue de compassion, attribuée à la base aux intervenants et intervenantes de première ligne, qui œuvrent dans le domaine de la santé et des services sociaux, survient quand l’exposition constante à la douleur des autres finit par gruger ta capacité à écouter, à comprendre et à soutenir.  

En gros, tu as donné tellement d’attention aux autres que tu es à sec, vidé, il n’y a plus de gaz dans le réservoir.

Pour dire les choses honnêtement : tu es saturé et lentement tu perds foi en l’humanité. 

Mais pour mieux comprendre ce phénomène, il faut décomposer d’abord quelques notions clés. 

Empathie : L’empathie, c’est la capacité à ressentir et à se représenter les émotions et les états mentaux des autres, tout en réagissant de manière cohérente (Barbeau-Meunier, 2023). Et j’ajouterais en étant doté d’une capacité à compartimenter ce que la personne est en train de vivre devant nous versus nos propres blessures. 

Sympathie : La sympathie, quant à elle, implique souvent une implication émotionnelle plus profonde. On prend sur soi les émotions des autres, ce qui peut vite devenir toxique pour son propre bien-être. C’est acceptable au salon funéraire, mais dans la vie de tous les jours cela devient rapidement drainant. 

Compassion : La compassion va encore plus loin. C’est une empathie profonde accompagnée d’un désir sincère de soulager, voire d’éradiquer la souffrance (Fortier, 2018). 

Quand cette compassion devient insoutenable et que l’on n’arrive plus à se régénérer, ce n’est plus juste une question de fatigue; c’est une profonde érosion émotionnelle et physique. Plus ça va, plus les situations relationnelles peuvent devenir une source de stress et la seule solution viable à court terme est de les éviter et de s’isoler. 

Vulnérabilité et ressources humaines 

Travailler en ressources humaines, on va se le dire, ça va au-delà de l’emploi : c’est une réelle vocation!  

C’est être constamment confronté à des situations émotionnellement chargées.

Plaintes des collaborateurs, gestion des horaires à géométrie variable, mésententes, mauvaises perceptions, conflits, restructurations, arrêts de travail et retours progressifs, mises à pied. Ai-je besoin d’en ajouter? C’est bien certain qu’il y a du positif, clairement que je ne ferais pas ce métier sinon! Mais reste que mon ancienne vie d’intervenante m’a appris beaucoup sur les facteurs de risques et les conséquences de ne pas les prendre en considération. J’y ai laissé quelques plumes moi aussi. 

Justement, voici quelques exemples de facteurs de risques : 

Sur le plan personnel, les causes de la fatigue de compassion incluent : 

  • La méconnaissance de soi  
  • La difficulté, voire l’incapacité à dire non 
  • La difficulté à établir une coupure entre la vie personnelle et la vie professionnelle 

Sur le plan professionnel : 

  • La difficulté à fixer des limites 
  • Le syndrome du sauveur (vouloir résoudre tous les problèmes et s’en valoriser) 
  • Le manque de ressources, de temps, de soutien 

Sur le plan organisationnel : 

  • Une charge de travail élevée 
  • Un manque de reconnaissance 
  • Une mauvaise organisation du travail et des collègues en difficulté 

Enfin, sur le plan sociétal, il y a une pression immense sur les RH. Les collaborateurs s’attendent à une accessibilité instantanée, une capacité à tout résoudre vite, comme si tu avais une baguette magique. 

Comment éviter de tomber dans le gouffre 

Maintenant qu’on a déterminé les causes possibles, voici des pistes de solution pratico-pratiques, mais pas toujours évidentes à appliquer. Ça prend une bonne dose de courage et de pratique, et chaque être humain en est capable. Si tu veux vraiment pousser la réflexion, je t’invite pour chaque solution à trouver un geste concret et applicable dès maintenant. Je t’en propose quelques-uns, mais libre à toi d’y aller avec quelque chose qui se rapproche de ta réalité. 

C’est pas mal plus motivant, je te le jure! 

  1. Établir des limites claires (Sacrez-vous patience!)

Non, établir des limites, ce n’est pas juste mettre une petite clôture de deux pieds dans le fond de ta cour, beaucoup trop facile à enjamber. C’est préserver ton espace vital. Tu peux commencer par : 

  • définir clairement tes heures de travail et respecter ton heure de lunch sivouplait! 
  • limiter les communications professionnelles aux heures ouvrables; suspendre tes notifications quand tu termines ta journée et te reconnecter sur une activité qui fait du bien; 
  • ne pas accepter sur le champ de prendre en charge les « urgences » qui ne le sont pas. D’abord en se posant les questions suivantes : Est-ce vraiment une urgence? Et est-ce que c’est la mienne? Demander d’avoir le temps d’y réfléchir. 
  1. Différencier empathie et sympathie

Il faut comprendre que ressentir avec quelqu’un (empathie) n’implique pas de porter son fardeau (sympathie). Une distance empathique appropriée te permet de rester présent sans te laisser submerger. 

  • Avoir une zone tampon d’au moins 10 minutes entre tes rencontres, te permettre de respirer, de reconnaître et de réguler tes émotions. 
  • Prendre le temps de te déposer, boire une gorgée d’eau, te lever de ta chaise 
  1. Accepter et nommer la situation

Commencer par nommer ce que tu ressens.  

  • Dire à haute voix que tu es à la limite, tu peux partir dans le bois le crier s’il le faut! Ça dédramatise. Et surtout, ça ouvre la porte à chercher de l’aide. 
  • Te questionner sur ce que tu ressens ou sur ce que tu as ressenti pendant la dernière semaine (eh, là là! Je te vois déjà hausser les sourcils) Tu peux écrire et même te faire valider auprès d’une personne que tu connais. 
  1. Se ressourcer régulièrement

Prends le temps de souffler. Le ressourcement ce n’est pas nécessairement partir en retraite de yoga (quoique…) ça peut inclure : 

  • des activités comme des séances de relaxation; 
  • du développement professionnel axé sur la gestion du stress; 
  • de la lecture sur le sujet et de l’honnêteté face à soi. 

Il existe même des groupes Facebook pour échanger de façon complètement anonyme. Voici celui que j’ai à te conseiller et que je consulte parfois : Mes collaborateurs RH  

Vous n’opérez pas à cœur ouvert 

Et ceux qui le font sont entourés d’une équipe pour les soutenir. Tu n’as pas à tout porter tout seul. Oui, c’est noble de vouloir être l’oreille et l’épaule de tout le monde, mais pas au prix de ta santé mentale. La fatigue de compassion, c’est un réel fléau qui peut te toucher, que tu travailles dans le domaine des ressources humaines ou non. Alors prends soin de toi, parce que personne d’autre ne pourra le faire à ta place. 

* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.    

Claudia est la fondatrice d’Hêtre Solutions Humaines et facilitatrice en leadership et cohésion d’équipe. Titulaire d’un Baccalauréat ès arts , possédant une expertise de près de 20 ans en relation d’aide et passionnée par la psychologie du travail et des organisations, elle utilise son parcours riche et diversifié pour transformer les environnements professionnels. Sa compréhension profonde des défis personnels et professionnels du marché du travail passé et actuel, renforcée par son propre vécu, lui permet d’apporter une perspective unique et authentique à son travail. En tant que consultante et formatrice, Claudia valorise l’intelligence collective, l’authenticité, l’audace et la spontanéité, utilisant l’humour pour sensibiliser et éduquer. Mère de trois enfants, elle prône, même si elle ne le maîtrise pas toujours, l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle. Sa mission? Changer la game du leadership en accompagnant les gestionnaires à créer des environnements de travail inclusifs et dynamiques.
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Claudia est la fondatrice d’Hêtre Solutions Humaines et facilitatrice en leadership et cohésion d’équipe. Titulaire d’un Baccalauréat ès arts , possédant une expertise de près de 20 ans en relation d’aide et passionnée par la psychologie du travail et des organisations, elle utilise son parcours riche et diversifié pour transformer les environnements professionnels. Sa compréhension profonde des défis personnels et professionnels du marché du travail passé et actuel, renforcée par son propre vécu, lui permet d’apporter une perspective unique et authentique à son travail. En tant que consultante et formatrice, Claudia valorise l’intelligence collective, l’authenticité, l’audace et la spontanéité, utilisant l’humour pour sensibiliser et éduquer. Mère de trois enfants, elle prône, même si elle ne le maîtrise pas toujours, l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle. Sa mission? Changer la game du leadership en accompagnant les gestionnaires à créer des environnements de travail inclusifs et dynamiques.
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