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Le trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactivité, est de plus en plus connu parmi le grand public. Les connaissances à ce sujet, couplées à de meilleures ressources et outils-diagnostics, ont permis à des jeunes et à des adultes de recevoir un diagnostic de TDAH, ce qui contribue à expliquer certains enjeux ou difficultés auxquels ces personnes sont confrontées dans leur quotidien.
Toutefois, il y a encore beaucoup d’incompréhension et de mythes qui entourent ce trouble.
L’emphase est souvent mise sur l’élément d’inattention. On dit, entre autres, de ces personnes qu’elles ont de la difficulté à maintenir leur attention, que leur attention est fragile et qu’elles sont sujettes à de la distractibilité (qui est la tendance à perdre facilement sa concentration, étant aisément détourné par des stimuli externes – bruits, mouvements – ou internes – pensées parasites – rendant difficile de rester focalisé sur une tâche précise et de la mener à terme, qui est un symptôme central du TDAH).
Par ailleurs, on parle souvent moins de l’hyperconcentration, qui est aussi une caractéristique commune chez les personnes ayant un diagnostic de TDAH qui les amènent à être à ce point concentrée sur une tâche (vision tunnel) qu’elles peuvent oblitérer tout le reste, incluant sa propre faim, l’heure qu’il est, etc. Ainsi, l’attention peut être omniprésente lorsque les personnes se retrouvent face à quelque chose qui les passionne, mais plus fragile lorsqu’il s’agit de tâches qu’elles perçoivent comme étant ennuyeuses.
Certains psychologues préfèrent toutefois parler de trouble d’inhibition* lorsqu’ils réfèrent au TDAH, soit comme étant la difficulté pour le cerveau – spécifiquement au niveau des neurotransmetteurs – de bloquer, d’inhiber certains signaux internes et externes (ce qui inclut l’affect et les émotions). D’où, par exemple, les réactions émotives qui, tel un tsunami, viennent parfois envahir l’espace mental de la personne et balaient tout sur leur passage. D’autres en parlent comme d’un trouble de régulation (dysrégulation), dû à un déséquilibre de certains neurotransmetteurs dans le cerveau, notamment la dopamine (motivation, plaisir, attention) et la noradrénaline (concentration, vigilance). Ces messagers chimiques sont souvent présents en quantité insuffisante ou mal régulés dans le cortex préfrontal dans le cas du TDAH, donnant ainsi lieu à des difficultés, particulièrement au niveau des fonctions exécutives. Rappelons que la volonté et l’intelligence ne sont pas en cause ici. Les difficultés au niveau des fonctions exécutives sont indépendantes de la volonté de la personne, le TDAH étant bel et bien un trouble neurologique.
Un autre aspect dont on parle régulièrement concerne le fait que l’hyperactivité, est souvent sous-diagnostiqué, notamment chez les filles. Pourquoi? Parce que c’est davantage la manifestation au niveau de l’activité motrice excessive et incessante qui est connue et retenue, comme la partie la plus visible de l’iceberg. Par ailleurs, chez d’autres personnes, les manifestations se traduiront autrement et de façon, moins flagrante, notamment par le fait de faire de petits gestes avec les mains (par exemple, tourner une mèche de cheveux, tirailler un stylo) ou encore, changer de position sur sa chaise. Parler beaucoup, interrompre les autres, s’interrompre et/ou de ressentir une tension intérieure, sont autant de manifestations possibles reliées à l’hyperactivité/l’impulsivité, cependant moins connues. On observera également davantage de manifestations de compensation chez les filles, que ce soit par le perfectionnisme, l’organisation (hyper organisation) et/ou la conformité. *1
Le TDAH n’apparaît pas à l’âge adulte sans avoir été présent auparavant. Ainsi, de plus en plus d’adultes réalisent qu’ils ont eux-mêmes un TDAH et ce, souvent parce que leur propre enfant a reçu un tel diagnostic. Encore une fois, les manifestations peuvent être moins visibles, soit parce que la personne a développé un « Système D », en quelque sorte, pour compenser; soit parce que les symptômes ne se manifestent pas tout à fait de la même façon que chez les enfants. On parlera chez l’adulte d’un trouble plus exécutif qu’attentionnel, affectant principalement l’organisation, la planification, et la capacité à mener à terme ce qui est entamé. N’empêche que chez ces adultes, les difficultés attentionnelles et l’impulsivité peuvent être présentes. Toutefois, le fait de recevoir un tel diagnostic leur permet souvent de mieux comprendre certains de leurs enjeux et ainsi, mettre en place des moyens pour mieux fonctionner. Pour avoir accompagné plusieurs adultes ayant ce diagnostic, je constate que les impacts se font sentir dès qu’ils mettent en place certaines habitudes (hygiène de vie, activité physique, méditation, etc.) ou utilisent des outils (TCC, outils d’organisation et de planification, médication, objets de manipulation) pour favoriser une meilleure régulation de leur système nerveux.
Cela dit, les difficultés associées au TDAH, sont réelles. Cependant, ce trouble comporte aussi certains avantages : l’hyperfocus, la créativité, voire l’innovation (sortir des sentiers battus), l’efficacité en mode de crise et la résolution de problèmes, pour n’en nommer que quelques-uns.
Ce qu’on pourrait nommer comme étant l’aspect mosaïque du TDAH nous indique que, si l’on veut mieux comprendre les symptômes reliés pour pouvoir s’en occuper, il est important de ne pas s’attarder uniquement aux difficultés d’attention ou de concentration. Il faut bien connaître et comprendre les multifacettes du TDAH ainsi que ses manifestations pour bien mesurer leurs impacts non seulement auprès des enfants et des adolescents mais aussi auprès des adultes et ce, autant dans leur quotidien que dans leur travail.
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.
Références
*1La Boîte à psy, notamment, a utilisé cette ‘’appellation’’ pour parler du TDAH, dans ses capsules éducatives – https://boiteapsy.com/
*2Le TDAH chez les filles et les femmes : une population méconnue, oubliée et vulnérable – 2021 https://caddac.ca/wp-content/uploads/Girls-and-Women-with-ADHDFRENCHFinal-1.pdf
* https://aqnp.ca/documentation/developpemental/tdah/




