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Cet article est la deuxième partie de l’article du 11 mars 2024 -Voici la : Première partie
Conférence sans rien
Je m’étais engagé à donner la conférence de clôture à un auditoire composé de près 1000 personnes soignantes et, évidemment, je m’étais préparé en conséquence, tant sur la forme que sur le fond.
Or, en arrivant sur les lieux, c’est-à-dire au Palais des congrès de Montréal, les techniciens décontenancés me confièrent que depuis le début de ce congrès, voulant ardemment dynamiser l’auditoire trop passif, ils avaient proposé aux personnes-ressources de s’éloigner du lutrin et de leur texte pour s’adresser directement, les yeux dans les yeux, à leur auditoire dans cette immense salle plus large que profonde, ce qui signifiait aller et venir sur l’entièreté de la scène. Or, depuis le tout début de ce congrès et jusqu’à présent, m’avouèrent-ils, aucune ressource n’avait accepté de prendre ce risque et ma conférence était la dernière. Le défi était de taille car j’activais moi-même mes diapositives et, sans feuillet, je risquais de ne pas me rappeler de leur ordre d’arrivée à l’écran.
Mais le défi me plut, je pris le risque de le faire et, si j’en juge par les nombreuses rétroactions et le sondage de satisfaction qui suivirent, ce fut un beau risque!
Produits manquant la cible
Dès mes premières armes en ISEP-Orientation, je compris l’importance de ce qui s’appelait alors l’audiovisuel et qui s’appelle maintenant Technologies de l’information et de communication ou TIC. Il y avait alors le Service des Moyens Techniques d’Enseignement – l’ancêtre de Télé-Québec – qui amorça la production d’une série de diaporamas sur les métiers et professions. Après cinq ou six productions, la personne embauchée pour réaliser cette série se désista.
Un concours fut alors ouvert pour combler ce poste vacant et, immédiatement, je reçus beaucoup de pression pour l’assumer. Au cours de l’entretien d’embauche, on me demanda mon avis sur les documents déjà produits. Alors je pris le risque de leur dire la vérité, c’est-à-dire que pour l’essentiel ces diaporamas étaient techniquement de qualité, mais inadéquats pour répondre à des objectifs pédagogiques propre à l’ISEP-Orientation. Sans surprise, je ne fus point retenu pour le poste et une autre personne fut embauchée sauf que, dès le lendemain, la haute direction me convoqua pour m’embaucher afin d’être le consultant encadrant ce nouveau réalisateur.
Refuser une lettre de référence
À l’approche des grandes vacances d’été, un étudiant vint me demander une lettre de référence pour un emploi dans l’Ouest canadien, et si, grâce à cette lettre, il l’obtenait, il y avait de fortes chances qu’il ne revienne pas pour la rentrée automnale.
Or, c’était un étudiant fort prometteur pour la profession et, conséquemment, il avait déjà été sollicité par moi et quelques collègues pour assumer des activités connexes à nos cours : corrections, supervisions, démonstrations, etc.
Alors, en dépit du fait que je connaissais bien sa précarité financière, je refusai d’écrire et de signer une telle lettre, lui suggérant de se replier à court terme sur des petits boulots dits alimentaires pour tenir le coup comme faire des ménages ou de la peinture. Conséquemment, il ne se rendit jamais dans l’Ouest et il est aujourd’hui un membre plus qu’influent de la profession. Quel beau risque!
Ayoye, tu me fais mal
En utilisant ce titre, je ne prétends pas avoir inspiré Offenbach! Afin de réduire la taille de mes groupes au deuxième cycle en particulier dans mon practicum, j’avais proposé à ma direction d’augmenter mes groupes au premier cycle. Or, les grands groupes – soit de plus de 30 – dans les auditoriums n’étaient pas encore une pratique admise, ce qui fait que je disposais d’une salle avec des gradins et du mobilier fixe. Je misais alors sur des « audiovisuels » de qualité, sur des jeux de rôles, voire sur des monologues, pour avoir l’attention de tous et chacun et rendre ma matière attrayante. Or, il y avait sur la gauche tout au fond de la salle un individu qui était à la fois sceptique et ravi quant à mes prouesses pédagogiques, mais lorsque venait la pause, il passait près de mon bureau pour dire avec un petit sourire narquois : « Ce n’est pas si mal ». Ce commentaire avait pour effet de me scier les jambes et je devais redoubler d’effort pour maintenir ma cadence en deuxième partie.
Après quelques semaines, je lui fis part de l’impact que son commentaire avait sur moi.
Or, loin d’en profiter, voire d’en abuser, il avoua être surpris d’avoir autant d’impact sur moi et à partir de ce moment il devint un allié inconditionnel.
Il va sans dire que même lorsque « calculé » un risque peut ouvrir sur l’imprévu, voire même produire un effet contreproductif, et je pourrais éventuellement citer quelques exemples personnels en ce sens, l’objectif du présent billet étant d’encourager les lectrices et lecteurs à prendre de risques et d’inciter leurs clientes et clients à faire de même.
Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.