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Tiens ça mort!
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Tiens ça mort!

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Ces derniers mois, j’ai côtoyé quelques individus aux prises avec une situation relationnelle -généralement ancienne ou prolongée- qu’ils jugent impardonnable : harcèlement, inceste, viol, trahison, injustice, blessure narcissique, etc. Alors pour surmonter cette situation stigmatisante et espérer retrouver une certaine sérénité, ces individus ont -un jour- tout simplement déclaré morte la personne protagoniste de cette situation. Sauf que, après des dizaines et des dizaines d’années, cette personne opprimante, supposément « morte », resurgit et revient dans le décor de ces individus!  

Difficile alors de se convaincre et de faire comme si cette personne était morte, pour ne pas dire par rapport à cette situation relationnelle, « tenir ça mort ». Or au contact de ces individus je prends conscience, on ne peut plus, que dans cette expression le mot lourd de sens est « tenir ». N’est-il pas exténuant de tenir pendant autant d’années un état de fait, surtout lorsque la situation qui est tenue rejoint un abîme de douleur et de colère ainsi que des ressentis tels l’impuissance, la culpabilité ou la honte? Métaphoriquement, c’est comme tenter de maintenir un couvercle sur un geyser en pleine éruption et, comme le rappelle DE SOUZENELLE, ce qui ne s’exprime, s’imprime. Tôt ou tard, la prochaine victime sera malheureusement le teneur lui-même! Alors, face à ce boomerang, ces individus n’ont plus vraiment de choix; ils doivent ultimement pardonner.  

De façon fort imagée et reprenant un exemple d’un de ses amis, HARVEY compare une telle situation à une boulette de merde qui fut alors insérée de force dans la bouche de la victime. Celle-ci n’a donc que trois options : l’avaler, la cracher ou continuer à la mâchouiller avec toutes les conséquences qui s’en suivent : dégoût, écœurement, infection, contamination, plus de place pour une saine alimentation, mauvaise haleine faisant fuir les autres, etc. L’option avaler correspondrait au refoulement dans l’inconscient jusqu’à ce que cette merde ressorte sous divers maux physico-psychosomatiques (ce qui ne s’exprime, s’imprime) et l’option cracher irait dans le sens du pardon.  

Pardonner : un geste qui fait du bien à qui le fait 

Globalement parlant, pardonner fait référence à la rémission d’une faute et non à la négation de cette faute. HARVEY le chante bien : « Je te pardonne mais (je) n’oublie pas ». Le pardon implique de renoncer à la vengeance, à la punition ou aux représailles. Il met fin à un cycle vicieux faisant que la victime devient de plus en plus victime – elle devient en plus sa propre victime- et son oppresseur le devient davantage pour elle! En somme, le pardon fait d’abord du bien à la personne qui l’exprime.  

Et tant mieux si, une fois pardonné, l’individu agresseur sait profiter de cette ouverture pour se repentir, faire amende honorable et peut-être renouer autrement avec son ex-victime, mais seulement si tel est le désir de celle-ci. 

Remonter jusqu’à l’origine du cercle 

Selon certaines conceptions de l’être humainl’origine d’un tel cercle vicieux peut impliquer plusieurs générations antérieures (ascendants). Il est alors impératif pour la personne qui initie un pardon de remonter jusqu’à cet origine de ce cercle vicieux. Par exemple, en psychogénéalogieSCHUTZENBERGER parle de « secrets de famille »  alors que VITALE et HEW LEN font références à des « mémoires »Diverses techniques psychothérapeutiques sont alors utilisées comme le récit de vie, les jeux de rôles, voire le rebirth, pour recontacter l’origine de cette merde et remodifier ce scénario. 

Neutraliser le boomerang avant qu’il se retourne contre moi 

Par ailleurs, si la personne qui enclenche un pardon a quelques inconforts craignant une certaine complicité -généralement inconsciente ou sous-évaluée- avec son oppresseur, VITALE et HEW LEN reprennent et tendre de laïciser pour cette personne une pratique hawaïenne appelée l’Ho’oponopono. Cette technique consiste en une formule (sorte de mantra) à dire intérieurement et comprenant une succession de cinq mots lorsque ladite mémoire ressurgit : Désolé pour signifier que je reconnais ce conflit ou cette mémoire. Pardon à soi-même et à l’Univers de faire partie de cette mémoire, même inconsciemment ou involontairement. Merci à l’Univers d’avoir réveillé cette mémoire afin de la nettoyer et de m’en nettoyer. Je t’aime en reconnaissance à l’Univers et à soi pour le nettoyage de cette mémoire.   

Comme il s’agit d’environnements hautement et densément interpersonnels, le monde scolaire et le monde du travail peuvent engendrer des situations malheureuses et sources de grands mal-être appelant tôt ou tard -peut-être- un besoin de pardonner. Par exemple selon LIMOGES, une des tâches à accomplir au moment où s’achève le troisième tiers de sa carrière est celle de boucler ce qui est à boucler et de tels bouclages peuvent prendre la forme de pardons.

Autres pardons 

Depuis quelques décennies, des rituels collectifs inspirés du pardon sont utilisés un peu partout dans le monde pour mettre fin à des conflits insolubles et de très grandes envergures : apartheid sud-africain, génocide rwandais, maltraitance systémique des enfants amérindiens dans les pensionnats canadiens, etc. BARBEAU-MEUNIER parle de l’empathie comme étant la clé pour résoudre les crises sociales. Pour ce faire, STAINS JR propose des conversations et des dialogues constructifs. 

Professeur au Département d’Orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d’originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu’il a remportés, la vingtaine d’ouvrages qu’il a publiés et les ateliers de formation qu’il a animés sur le counseling de groupe et sur l’insertion professionnelle. Depuis 2001, il n’a de retraité que le nom puisqu’il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n’a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d’à-propos.
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Professeur au Département d’Orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d’originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu’il a remportés, la vingtaine d’ouvrages qu’il a publiés et les ateliers de formation qu’il a animés sur le counseling de groupe et sur l’insertion professionnelle. Depuis 2001, il n’a de retraité que le nom puisqu’il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n’a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d’à-propos.