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Maladie contre Santé: des filières sœurs mais affranchies
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Maladie contre Santé: des filières sœurs mais affranchies

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En avril dernier, lorsque l’épicentre de l’épidémie de la COVID-19 s’est déplacé dans les centres d’hébergement pour les personnes nécessitant des soins de longues durées tels que les CHSLD, cela a mis en évidence une réalité vocationnelle que plusieurs ignoraient. Ainsi lorsque le premier ministre a supplié les médecins spécialistes, en arrêt forcé de travail, d’aller donner un coup de « bras » dans ces centres, certains de ces médecins spécialistes ont opté pour une « posture basse »[1] en avouant publiquement n’avoir aucune compétence pour faire des actes infirmiers tels que des intubations. Alors, il a fallu que le premier ministre les rassure en référant à leurs compétences professionnelles génériques comme savoir bien se désinfecter et désinfecter, savoir utiliser correctement un masque médical, etc.

Or, pour bien des gens, le métier ou la profession d’infirmière n’était, en quelque sorte, que le premier d’une succession de degrés à l’intérieure d’une même filière conduisant ultimement à une spécialité en médecine un peu comme cela existe dans d’autres champs d’expertise avec des diplomations à différents niveaux (secondaire et/ou collégial et/ou universitaire et/ou premier cycle et/ou deuxième cycle) comme en comptabilité, en psychoéducation[2] ou en service social[3]. Dans ces cas-ci, on peut avancer que l’archétype inconscient est le sacerdoce avec ses cinq degrés répartis sur deux ordres soit un ordre mineur comprenant les degrés de Lecteur et de Sous-diacre et l’ordre majeur regroupant les degrés de Diaconat, de Sacerdoce et d’Épiscopat[4]. Évidemment, à chacun de ces ordres et degrés sont associés des pouvoirs et des compétences spécifiques et ultimement cumulatives.

Il est vrai qu’en sciences infirmières, il y a quelque chose de comparable à ces degrés avec, entre autres, les préposés aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires, les infirmières[5] et les super-infirmières mais jamais cette filière converge et se fusionnera avec celle de la médecine même si les super-infirmières ont davantage d’actes délégués. Depuis que ces deux filières existent, il y a entre elles un rapport amour-haine, chacune reconnaissant la nécessaire complémentarité de l’autre mais chacune revendiquant tout autant une respectueuse distanciation et, pour ce faire, elles y vont à coup d’ordres, d’associations, d’actes protégés, d’actes délégués et ainsi de suite.

Dans les faits chacune de ces filières a sa cible propre! Comme j’ai une sœur qui fut préposée et une autre infirmière auxiliaire puis infirmière; comme ma première épouse fut professeure-chercheuse dans un département en sciences infirmières et comme j’ai déjà donné un cours dans ce département, je me sens autorisé à divulguer ici comment cette gent infirmière différencie ces deux filières : la filière médicale est centrée sur la maladie alors que la filière infirmière est centrée sur la santé. La filière médicale se centre sur le « là où ça fait mal » alors que la filière infirmière se centre sur la personne qui a mal. À preuve disent les représentants et les représentantes de cette gent, dès qu’un malade commence à aller mieux, sitôt son médecin s’en désintéresse et le laisse au corps infirmier et cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de médecins spécialisés!

Or quand des médecins spécialisés admettent publiquement leur incapacité à faire des actes infirmiers, ils valident on ne peut plus cette différenciation de cibles et cette reconnaissance est tout en leur honneur.

L’exemple de Sherbrooke

Historiquement, les sciences infirmières se sont développées dans la foulée des écoles d’infirmières, tant dans leurs pratiques que dans leurs immeubles. À la suite du Rapport Parent, ces pratiques et ces immeubles furent le plus souvent incorporés aux cégeps puis aux universités en devenant, dans ce cas-ci, des facultés autonomes comme dans toutes les autres universités québécoises.

Or lorsque, fin des années 70, il fut question d’un programme universitaire en sciences infirmières à Sherbrooke, il fut alors décidé que ce baccalauréat serait rattaché au Centre hospitalier universitaire (CHUS) et que, conséquemment, cette formation serait donnée sous la tutelle et dans les locaux de la Faculté de médecine. Alors ce furent tollé sur tollé sur tollé à travers le Québec : retour à la soumission aux médecins, récupération par la médecine, dont par une profession alors largement masculine, d’une profession toujours et encore largement féminine; bref aucune chance de pérennité d’un tel programme.

Or, grâce à des pionnières clairvoyantes et affirmées[6] et après un vif succès avec ce premier baccalauréat, ce Département développa un second cycle puis d’autres baccalauréats et surtout une concentration doctorale. Parallèlement, afin de se donner des coudées franches, ce Département entreprit les démarches nécessaires pour devenir officiellement une École en sciences infirmières[7] avec son propre pavillon sur le Campus de la santé de l’Université de Sherbrooke. Pas étonnant alors qu’en septembre 2015, 400 étudiants et étudiantes répartis sur deux campus, soit Sherbrooke et Longueuil, entreprenaient la première année de leur baccalauréat.

Ne pouvant que reconnaître la vitalité de ce programme et le dynamisme de cette équipe professorale, la Faculté de médecine n’eut d’autre choix que d’incorporer dans son organigramme, de façon presque statutaire, un poste de vice-doyen, vice-doyenne aux sciences infirmières ce qui, logiquement, l’amena par la suite à changer son appellation pour devenir la Faculté de médecine et des sciences de la santé[8] respectant ainsi la spécificité de chacune des cibles visées par lesdites filières.

 

 

 

[1] Expression utilisée en management, particulièrement en coaching, pour faire référence à une position d’humilité et de questionnement collaboratif par opposition à une position haute capitalisant sur le savoir et le pouvoir.

[2] Au sens générique du terme pour inclure entre autres l’éducation spécialisée.

[3] Au sens générique du terme pour inclure entre autres la technique en service social.

[4] On retrouve des structures similaires dans bien d’autres confessionnalités tant occidentales qu’orientales.

[5] Pour cet Ordre et contrairement aux autres ordres professionnels qui ont opté pour les doublons, il fut convenu que leur nom générique serait au féminin avec l’accord unanime de ses membres de l’autre sexe je présume.

[6] Ce n’est qu’en 2006, qu’un homme, infirmier de formation, assuma la direction de ce Département.

[7] Un statut comparable à celui des HEC.

[8] Cette ouverture fut bénéfique puisque, par la suite par exemple, se sont intégrées à cette Faculté une expertise en pharmacologie ainsi qu’une autre grande école, soit en réadaptation.

Professeur au Département d’Orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d’originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu’il a remportés, la vingtaine d’ouvrages qu’il a publiés et les ateliers de formation qu’il a animés sur le counseling de groupe et sur l’insertion professionnelle. Depuis 2001, il n’a de retraité que le nom puisqu’il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n’a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d’à-propos.
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Professeur au Département d’Orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke durant plus de 25 ans, le pédagogue a brillé d’originalité pour former ses étudiants, souhaitant non pas les cloner, mais bien les mettre au monde en tant que conseillers. Sa différence est devenue référence, comme en témoignent les prix qu’il a remportés, la vingtaine d’ouvrages qu’il a publiés et les ateliers de formation qu’il a animés sur le counseling de groupe et sur l’insertion professionnelle. Depuis 2001, il n’a de retraité que le nom puisqu’il demeure très actif comme professeur associé. De plus, le prolifique auteur n’a pas rangé sa plume et le réputé conférencier manie toujours le verbe avec autant de verve et d’à-propos.