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Tu veux te diriger en santé... ishh!
Marché du travail

Tu veux te diriger en santé… ishh!

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Étant fervente d’actualité, un sujet en particulier a retenu mon attention dans les dernières semaines (un peu d’humour!). En mode solution de salon, je me suis mise à réfléchir à comment on pourrait faire autrement, comment on pourrait régler les problèmes dans les « ché-hache-sss-elle-dé ». Au lieu de partager mes cogitations sur les réseaux sociaux comme tout le monde, j’ai choisi de le faire avec vous mes chers collègues.

Ma mère n’est pas infirmière

Mes parents ont fait leurs études dans le but de travailler dans les hôpitaux. Pourtant, ni mes sœurs ni moi ne nous sommes dirigées dans ce domaine. Les anecdotes rapportées ne manquaient pas, la nuit de la Saint-Jean étant la pire selon ma technicienne en radiologie de mère. Après 41 ans dans cet emploi, elle a pris sa retraite en 2009 à l’âge de 60 ans. En tant que c.o., nous savons très bien que ce genre d’exploit ne correspond plus à l’époque actuelle, où différents emplois seront occupés par nos clients.

Travaillant dans le secteur de l’employabilité, je me retrouve la plupart du temps dans un contexte de réorientation de carrière et ce, avec une clientèle de 30 ans et plus. Lorsqu’un client me parle de certaines idées qu’il a eues pour la suite de son avenir professionnel, j’ai bien sûr certains a priori automatiques (je l’avoue) quant à des combinaisons possibles. Par exemple, celle qui veut devenir camionneuse avec un permis suspendu ou celui qui rêve d’être agent de sécurité, mais qui a un casier judiciaire (je caricature bien sûr).

Mais mon plus grand recul, c’est quand un client désire devenir préposé aux bénéficiaires, encore plus si cette personne est monoparentale.

Salaire – horaire – tâches

Un peu comme l’expression « métro boulot dodo », la meilleure combinaison pour être heureux en emploi comprend le salaire, l’horaire de travail et les tâches à accomplir. Si nous nous concentrons sur le métier de PAB en particulier, je ne vois pas ce qu’il a pour lui, tel un mauvais profil sur un site de rencontres. Le salaire est à peine au-dessus du minimum. À moins que vous réussissiez à obtenir un poste dans un hôpital, mais oups… avez-vous votre diplôme d’études secondaires? Même si le diplôme d’études professionnelles n’exige qu’un niveau de 3e secondaire pour ce métier, les emplois gouvernementaux ont la majorité du temps comme critère l’obtention du DES (j’imagine que des exceptions existent).

L’horaire maintenant. Disponibilité 24h/24h, car le travail auprès des malades, ça ne prend pas congé! La majorité des offres d’emploi  trouvées parle d’une fin de semaine sur deux, avec des rotations de quarts de travail, sur appel, etc. Quand on a 20 ans sans enfant, c’est un sacrifice raisonnable. Toutefois, quand vous avez 33 ans, deux enfants d’âge préscolaire et sans soutien autour de vous, c’est l’Everest.

Pour enfoncer le clou un peu plus (et j’en suis vraiment désolée), les tâches du PAB. Pour débuter, celles qui sont soft : aider les gens à se nourrir, les accompagner dans leurs exercices (marcher dans le corridor par exemple), prendre leur température, conduire en fauteuil roulant les patients qui doivent subir un traitement ou une intervention, faire les lits. Le hardcore : vider les bassins, faire leur toilette basse, prélever des spécimens tels que les fèces, administrer des suppositoires, effectuer des irrigations du côlon.

Je vous entends me dire « mais il y a beaucoup de métiers où les tâches sont yark ». Oui, mais est-ce que le salaire est de 13 $ de l’heure avec un horaire de nuit deux fins de semaine par mois?

Ma solution

Ne croyant pas que les salaires puissent rivaliser un jour avec ceux du domaine de la construction (à formation égale), j’ai pensé à la révision des tâches. Dans mon article de janvier dernier intitulé Dans les craques du système, je parlais de ces gens qui aimeraient être engagés pour un emploi,  mais pour qui le marché du travail n’est pas adapté. Alors, si on libérait les PAB de certaines tâches et qu’on les réservait à celles qui sont médicales seulement? Il est essentiel qu’ils connaissent les bonnes pratiques pour le déplacement des patients (PDSB) et les premiers soins (RCR/DEA). Les soins d’hygiène, qui impliquent une intimité particulière avec les bénéficiaires, doivent aussi être exercés par des professionnels.

Est-ce que les rejetés du marché ne pourraient pas venir soutenir les PAB? Ils pourraient prendre le temps de faire manger les personnes, ils pourraient prendre le temps de discuter avec eux, ils pourraient changer les lits vides et ils pourraient aller porter les échantillons au laboratoire. Certains pourraient avoir qu’une seule tâche à prodiguer, deux ou trois heures par jour dans les moments critiques. L’avantage, c’est qu’il s’agirait d’emploi à long terme et non pas d’un stage temporaire dans une entreprise d’insertion socioprofessionnelle.  Qu’est-ce que vous en dites?

Jacinthe Morissette est titulaire d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en sciences de l’orientation. Elle est conseillère d’orientation et membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec depuis 2012. Elle exerce actuellement chez Groupe Priorité Travail, un organisme en employabilité à Laval depuis 2015, où elle est la coordonnatrice de l’évaluation spécialisée de l’autonomie socioprofessionnelle. Elle a auparavant œuvré au Service correctionnel du Canada en tant qu’agente de libération conditionnelle et agente de programmes correctionnels auprès des délinquants sexuels.
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Jacinthe Morissette est titulaire d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en sciences de l’orientation. Elle est conseillère d’orientation et membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec depuis 2012. Elle exerce actuellement chez Groupe Priorité Travail, un organisme en employabilité à Laval depuis 2015, où elle est la coordonnatrice de l’évaluation spécialisée de l’autonomie socioprofessionnelle. Elle a auparavant œuvré au Service correctionnel du Canada en tant qu’agente de libération conditionnelle et agente de programmes correctionnels auprès des délinquants sexuels.