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mercredi, 22 janvier, 2020
Dans les craques du système
Marché du travail

Dans les craques du système

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Dans le cadre du plan d’action pour la main-d’œuvre par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, je tenais à vous sensibiliser à une spécificité rencontrée dans le cadre de ma pratique. 

Je vous invite aussi à lire l’article que j’ai rédigé récemment : L’évaluation spécialisée de l’autonomie socioprofessionnelle. Pourquoi?

Qui sont-ils? 

Les personnes auxquelles je fais référence naideront pas à régler la pénurie de main-d’œuvre au Québec, elles n’acquerront pas de nouvelles compétences et elles n’aideront pas les compagnies à être plus productives. 

Ce sont des êtres humains qui ont pour la plupart une faible scolarité, sans savoir et comprendre pourquoi ils ne performaient pas en classe, n’ayant jamais été évalués ni diagnostiquésJusqu’à preuve du contraire, ce ne sont pas des personnes handicapées, ils n’ont pas de problèmes de santé mentale et ils sont intégrés socialement. 

Ils ont quelques fois appris un métier semi-spécialisé, mais il n’est pas possible pour eux de nettoyer par exemple 14 chambres de motels en deux heures. Âgés de plus de 35 ans, ils éprouvent une grande difficulté à développer leurs habiletés, ils ne sont pas en mesure de performer (surtout pas en entrevue) et ils ne parlent souvent pas anglais.  

Néanmoins, ces gens sont motivés à travailler. Ils essaient même de tout leur cœur. Ce sont des bons travaillants, ils sont méticuleux, sans malice et dociles.  

Ils sont dirigés vers des ressources de leur région et font le tour des organismes en employabilité afin de se placer en emploi. Ils sont pourtant sur l’aide financière de dernier recours depuis des années. 

Que faire d’eux? 

Ces personnes me sont référées après maints essais et maints échecs. Je ne peux malheureusement que constater la « non prise en charge » durant l’enfance de ces cas qui auraient absolument dus être évalués. Ils se retrouvent dans mon bureau, sans savoir s’ils ont un faible quotient intellectuel, s’ils ont des problèmes d’apprentissage ou autres troubles neurologiques pour expliquer leur situation actuelle. 

Je crois au bon vouloir du gouvernement à les intégrer au marché du travail, mais ce dernier leur renvoie une image d’ « employé pas assez vite ». Il est possible de croire que c’est facile d’être caissier au Dollarama, mais quand la file de clients s’allonge, il faut être en mesure d’accélérer le rythme tout en ne faisant aucune erreur. Le travail en entrepôt n’exige pas d’aptitudes particulières, mais quand le camion de livraison doit partir, il n’attendra pas après le perfectionniste de l’emballage! Le service à la clientèle est aussi très exigeant : il faut sourire, bien répondre, regarder dans les yeux, être efficace, pas facile quand il y a trop de stimuli…  

L’intégration fonctionne, mais pas le maintien en emploi. 

Ce que je constatec’est que ce ne sont pas ces gens qui ont des obstacles reliés au travail; c’est le marché qui n’est pas adapté pour eux. Ils continuent donc de bénéficier de l’aide sociale, de vivre des échecs de maintien en emploi et de subir de la pression à se placer, car ils sont tout de même aptes à travailler. 

Bien sûr il existe des organismes d’insertion sociale qui permettent l’acquisition de certaines compétences. Cependant, ces programmes sont limités dans le temps et ne procurent pas un emploi à long terme. Des plateaux de travail permettent aussi de les accompagner vers la compréhension de leurs embûches afin de les surmonter dans le cadre d’un stage supervisé. Mais où iront-ils ensuite pour les prochaines années? 

Quelles sont les solutions? 

Il serait judicieux d’instaurer des partenariats avec les services sociaux afin que ces individus soient finalement évalués en neuropsychologie. Cela permettrait de mettre des mots sur leur problématique et d’ainsi mieux les diriger. Malheureusement, les frais relatifs sont dispendieux et ces gens ne feront pas les démarches par eux-mêmes, n’en voyant (ou n’en comprenant) pas la nécessité. Je constate donc que des actions concertées entre les ministères, tel que l’instauration d’un agent de liaison, seraient indispensables afin de leur permettre un retour en emploi durable.  

Dans une autre perspective, les incitatifs aux entreprises semblent aussi être une solution. Ces personnes sont en mesure d’accomplir des tâches simples, répétitives et sans pression de performance. Cela leur permettrait de se libérer des prestations du gouvernement, d’être des actifs pour la société etsurtout, de maintenir leur succès dans le temps. Avec espoir que la maternelle 4 ans fera en sorte que les enfants soient rapidement évalués et que ce besoin devienne caduque. 

Jacinthe Morissette est titulaire d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en sciences de l’orientation. Elle est conseillère d’orientation et membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec depuis 2012. Elle exerce actuellement chez Groupe Priorité Travail, un organisme en employabilité à Laval depuis 2015, où elle est la coordonnatrice de l’évaluation spécialisée de l’autonomie socioprofessionnelle. Elle a auparavant œuvré au Service correctionnel du Canada en tant qu’agente de libération conditionnelle et agente de programmes correctionnels auprès des délinquants sexuels.
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Jacinthe Morissette est titulaire d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en sciences de l’orientation. Elle est conseillère d’orientation et membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec depuis 2012. Elle exerce actuellement chez Groupe Priorité Travail, un organisme en employabilité à Laval depuis 2015, où elle est la coordonnatrice de l’évaluation spécialisée de l’autonomie socioprofessionnelle. Elle a auparavant œuvré au Service correctionnel du Canada en tant qu’agente de libération conditionnelle et agente de programmes correctionnels auprès des délinquants sexuels.