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La loi de l’effort inversé
Marché du travail

La loi de l’effort inversé

De l’antique philosophie asiatique à la 3vague de la psychologie cognitive 

De Lao Tseu, en Chine, à Montaigne, Jean-Paul Sartre et Albert Camus, en France, en passant par Spinoza, aux Pays-Bas, Sören Kierkegaard, au Danemark, Léon Tolstoï, en Russie, William James, Alan Watts et Steven Hayes, aux États-Unis, de nombreux auteurs ont souligné les vertus du face-à-face avec soi-même, avec « la réalité », avec la vie pour développer notre flexibilité mentale et nous épanouir dans ce monde. Mais, de la pensée à l’action, de la réflexion au développement psychosocial, de la philosophie à l’acte d’épanouissement réel, il peut y avoir un fossé, pour ne pas dire un mur infranchissable pour nos clients et clientes ainsi que pour nous, professionnels de la relation d’aide. S’il existe des ponts entre la théorie et la pratique, encore faut-il les traverser! Des points communs à différentes approches philosophiques et psychologiques ont traversé les siècles et les continents. Des ponts ont été construits pour franchir les obstacles existentiels. D’autres seraient à créer. Ces ponts sont-ils assez solides pour que nos clients et clientes puissent les utiliser? 

De la monoculture philosophique à la permaculture cognitive 

Quels sont ces ponts par exemple entre la loi de l’effort inversé, prônée par Watts, et la thérapie de l’acceptation et de l’engagement mise au point par Hayes et son équipe? L’approche de Watts est influencée par la philosophie taoïste et celle de Hayes est issue de la philosophie bouddhiste. Nous avons donc là deux approches nord-américaines contemporaines issues de deux philosophies asiatiques millénaires.  

Les 12 travaux d’Hercule au XXIe siècle 

Voici 12 éléments communs à la loi de l’effort inversé et à la thérapie de l’acceptation et de l’engagement qui peuvent représenter des ponts reliant la théorie et la pratique : 

  • se réapproprier sa sensibilité par des temps de vide, de silence et de douceur
  • utiliser sa sensibilité pour faire face à la réalité et au présent à chaque instant
  • reconnaître ses résistances par rapport au fait d’être présent et devant la réalité
  • éviter de fuir l’anxiété, l’indécision, la désorientation, la peur…
  • laisser aller et venir les événements de sa vie personnelle et professionnelle
  • laisser aller les pensées, les émotions et l’effort reposant sur la volonté
  • prendre de la distance jusqu’à occuper une position d’observateur
  • accepter sans réserve ses émotions et tout autre mouvement incontrôlable
  • s’ancrer dans l’instant présent et en faire une source d’apprentissage
  • construire ses projets d’avenir en regardant en face le présent
  • s’appuyer sur les ressources de l’inconscient pour s’adapter à la vie
  • développer sa pleine conscience du moment présent

Renversement de perspective 

En s’inspirant de la philosophie de Lao Tseu, Watts tente de démontrer que la recherche de sécurité psychologique et la volonté de sécurité qui la sous-tend provoquent inévitablement le sentiment d’insécurité que nous cherchons justement à éviter. La volonté de fuir l’anxiété, l’indécision, la désorientation est non seulement désagréable, mais elle conduit donc précisément aux mêmes vécus d’anxiété, d’indécision et de désorientation que la volonté nous pousse à fuir, à nier ou à rejeter. 

Jouer avec le sens de notre existence pour déjouer son non-sens 

Martela évoque les méthodes de distraction, basées notamment sur le devoir de bonheur permanent, pour tenter de déjouer l’absurdité de l’existence et de combler un vide existentiel. Puisqu’une action personnelle est souhaitable, elle peut s’ancrer dans un quotidien répondant à la fois à des besoins universels (autonomie, compétence, connexion) et à des attentes particulières (nos valeurs personnelles) via nos activités préférées, selon Martela. L’action gagne à s’ancrer dans la réalité et le présent selon la loi de l’effort inversé et selon l’approche de Hayes. D’ailleurs, cette dernière approche est utilisée et diffusée au Québec dans le domaine de l’orientation et du développement de carrière, notamment par Colette Charpentier et Frédéric Piot. Ainsi, il existe des ponts entre la philosophie et la psychologie, entre la thérapie de l’acceptation et de l’engagement et la loi de l’effort inversé… 

Un soupçon d’imagination 

Pour ma part, j’y ajouterais un soupçon d’imagination et une pincée d’humour pour soutenir nos clients et clientes dans leur recadrage cognitif sur cette réalité et en particulier sur l’élaboration de leurs projets. Depuis la nuit des temps, nous, les humains, sommes en mouvement. Nous sommes porteurs d’histoires et d’évolutions, de récits et de projets. En perpétuel devenir, nous écrivons notre histoire. Ce mouvement ressemble à un processus de développement, voire d’élévation si tel est notre choix. Quant à l’objet de cette quête, il revient à chacun d’en décider. 

La «réalité» peut être à la fois ce qu’elle est et ce que nous, individuellement et collectivement, décidons de faire avec ce qu’elle fait de nous.

Cette philosophie antique appartient au passé. Pourtant, elle continue son voyage dans le présent et vers le futur. Cette philosophie asiatique appartient à un autre continent. Pourtant, sa diffusion se poursuit sur les autres continents. Aurait-elle une valeur universelle et intemporelle, transposable en développement de carrière? 

Retour vers le futur 

La psychologie issue de la troisième vague des thérapies comportementales et cognitives peut contribuer à notre ouverture d’esprit. Elle nous ouvre sur des approches non occidentales éclairant différemment l’individu, si nous savons éviter le risque de nous enfermer dans le présent, dans cette réalité et en nous-même. La pleine conscience comprend peut-être aussi la conscience du passé et du futur? 

 

Références 

Desautels, G. (2016). Déclic. Une expérience en 4 étapes pour passer de la conscience à l’action, Béliveau éditeur 

Dieutre, S. (2021). Et maintenant, que vais-je faire ? Petit manuel d’audace et de sagesse pour une vie professionnelle utile au monde et riche de sens. Éditions Alisio 

Limoges, J. (2021). Je m’aide quand nous nous aidons. S’entraider, un potentiel incommensurable. Éditions Jacques Limoges 

Martela, F. (2021). À la recherche du sens perdu. Petit précis des grands dilemmes philosophiques. Éditions Alisio 

Mongeau, P. et Tremblay, J. (2002). Survivre. La dynamique de l’inconfort. PUQ 

Watts, A. (2005). Éloge de l’insécurité. Éditions Petite Bibliothèque Payot 

Psychologue de l’éducation nationale spécialisé en éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle, Laurent exerce en France dans un centre d’information et d’orientation. Depuis 20 ans, il accompagne tout type de public notamment les scolaires. Il a passé une année en qualité d’étudiant au Département d’orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke pour peaufiner ses compétences opérationnelles. Il mesure chaque jour la portée transculturelle d’un counseling au service de l’orientation et du développement de carrière. Il partage son expérience de l’accompagnement via l’écriture et la formation.
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Psychologue de l’éducation nationale spécialisé en éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle, Laurent exerce en France dans un centre d’information et d’orientation. Depuis 20 ans, il accompagne tout type de public notamment les scolaires. Il a passé une année en qualité d’étudiant au Département d’orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke pour peaufiner ses compétences opérationnelles. Il mesure chaque jour la portée transculturelle d’un counseling au service de l’orientation et du développement de carrière. Il partage son expérience de l’accompagnement via l’écriture et la formation.
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