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Soft Power n’est pas seulement une émission de France Culture sur la place et l’influence de la culture dans le monde. Pour l’animateur du podcast, le soft power ou pouvoir doux, c’est l’influence internationale à travers la culture.
Pour nous, praticien en orientation, le soft power s’inscrit aussi dans une culture professionnelle et un style de vie. C’est l’inter-influence des milieux de formation et professionnels à travers la culture et les médias. L’inter-influence signifie que les milieux de formation et de travail influencent les travailleurs à travers leur culture réelle (celle vécue) et leurs médias. L’inter-influence veut dire aussi que les travailleurs et les groupes influencent les milieux de formation et de travail par leur culture, y compris la culture générationnelle et les médias sociaux.
Il s’agit d’interactions longues et complexes qui s’analysent dans l’ensemble des arts (cinéma, musique, jeu vidéo, bédé, manga, danse, chant, poésie, humour, dessin, architecture, peinture, sculpture, photo, land art…) à l’échelle de l’Histoire.
Comment les nouvelles générations Z et Alpha influent-elles sur les milieux de formation et de travail? Quel est l’impact de la culture de ces nouvelles générations sur les milieux de formation et ceux des « bullshit jobs »? Et que s’y passe-t-il?
De toute évidence, le rapport de force est inégal, puisque les milieux de formation et de travail disposent des moyens pour créer une culture et pour la diffuser. Les travailleurs et leurs groupes (divers comités, associations, syndicats) ne disposent pas d’autant de moyens pour exercer un contre-pouvoir. Mais les jeunes générations d’élèves, d’étudiants et d’apprentis ou de travailleurs ne sont pas dupes de l’inégalité de ce rapport de force. Ces jeunes ont dans leur poche une arme redoutable appelée téléphone portable ou e-phone, une arme à double tranchant.
Les générations nées avec Internet et le téléphone portable ne sont pas forcément préparées à se gérer face à la puissance de cet outil numérique de poche. Allez privilégier votre besoin de sommeil quand vous avez 15 ans, la possibilité de naviguer sur Internet, notamment sur des tutos, des sites de formation en ligne et de e-commerce 24 h sur 24, de « scroller » sur les réseaux sociaux 24 h sur 24 h et de jouer seul ou en réseau 24 h sur 24 h.
La notion habituelle (ancienne?) du temps explose. Le sens de l’effort éclate. Le concept même de centre d’intérêt est capturé.
Ceux qui n’ont pas été préparés à limiter leur temps d’écran tombent dans le piège savamment tendu par les concepteurs de réseaux sociaux et de jeux vidéo. Lorsqu’ils se relèvent, suite à l’autodestruction de leur vie, suite des consultations psychologiques, suite à une prise de conscience, suite à une reconstruction de leur vie, ils gagnent en maturité, en maturité vocationnelle, en détermination, en réussite.
Lorsqu’ils ont atteint un certain stade de maturité et repris le contrôle sur leur temps d’écrans, ces jeunes sont capables de percevoir et de conscientiser les processus de domination internalisés par leurs parents depuis des générations. Certains sont mêmes capables de déraciner les mécanismes de domination subis par leurs parents et qu’ils subissent eux-mêmes en formation et au travail. Ils génèrent une autre culture, la vivent en dehors des milieux de formation traditionnels et de travail et en diffusent des représentations par leurs réseaux sociaux ou leurs sites Internet.
Certains jeunes ont la chance de grandir dans des conditions familiales et sociales qui soutiennent leur maturation psychologique et vocationnelle. Les autres vont devoir se battre pour reprendre le contrôle sur leur choix de carrière et leur vie en général.
Ainsi, par nécessité de survivre, des jeunes acceptent des « bullshit jobs » sans rien en attendre d’autres qu’un revenu de subsistance. Ils s’investissent dans leur vie en dehors du travail. Par exemple, ils vont préparer un voyage, s’engager dans une activité extra-professionnelle qui a du sens pour eux, choisir une formation pour apprendre un métier intéressant, voire passionnant. Certains choisissent sans le savoir une « bullshit school », qui s’avèrera être un excellent tremplin ou une impasse.
Leur disponibilité d’esprit est ailleurs. Mais dans l’ailleurs, il existe des prédateurs qui ciblent cette tranche d’âge.
Ces jeunes ont besoin de temps pour se trouver. Ils se cherchent, et c’est bien naturel de se chercher lorsqu’on a entre 15 et 25 ans, non? Ils ont besoin de temps.
Lorsqu’ils savent exactement ce qu’ils veulent et lorsqu’ils ont choisi un parcours, ils sont capables d’exercer l’esprit critique qu’ils ont développé, non pas grâce à leur lieu de formation ou de travail, mais grâce au temps qu’ils ont investi en dehors, notamment dans les réseaux sociaux comme les étudiants de l’école AgroParisTech qui craignent l’intensification productiviste et qui ont bloqué leur école pour dénoncer la « cogestion » entre le gouvernement et la FNSEA, principal syndicat agricole.
L’École Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ Paris) a été rachetée par des investisseurs malgré l’alerte lancée par 500 journalistes. Ce rachat rassure pourtant certains étudiants, dont certains ignorent le concept d’indépendance de l’information et les enjeux derrière ce rachat. D’autres sont idéologiquement proche des propriétaires. Tous sont surtout assurés de trouver un emploi stable de journaliste à la sortie de l’école. D’autres étudiants plus avertis savent que l’École en général et les médias traditionnels n’ont plus le monopole des contenus. Cependant, ils sont anxieux. Alors ils fondent leur future activité sur des valeurs très différentes.
Ces jeunes, souvent soutenus par leur entourage, ont tendance à suivre un chemin fondé sur des valeurs telles que l’autonomie, l’indépendance, l’authenticité…
Certains de ces jeunes passent de l’autre côté de l’écran en devenant créateurs de contenus ou influenceurs. Ainsi ils gagnent leur liberté mais d’autres risques les guettent. Par exemple, la limite entre temps de travail et personnel tend à d’effacer.
Ainsi, sans bruit, voire hors des formations classiques, hors des milieux habituels de travail et hors des médias traditionnels, une partie des générations Z et Alpha construisent un monde qui n’a parfois rien à voir avec ce qui leur est proposé.
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.




