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jeudi, 14 novembre, 2019
La faible estime de soi de mon collègue
Marché du travail

La faible estime de soi de mon collègue

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Malheureusement, parmi mes clients qui désirent se réorienter, je constate trop souvent que des gens qui performaient bien au travail ont pourtant été victimes de leurs collègues. Victimes d’un rabaissement régulier (peut-on même parler d’harcèlement?) de ceux occupant sensiblement la même fonction qu’eux et non pas sur un plan hiérarchique. Leurs erreurs, bien que sans conséquence, étaient constamment relevées. Le mot ou la phrase de trop d’un courriel était systématiquement rapporté au patron. Des commentaires insidieux lâchés régulièrement afin de remettre en question leurs compétences. Cela pouvait aussi se traduire par le non-verbal de l’indifférence. 

Jalousie? Envie? Rivalité? 

C’est en discutant avec une ergothérapeute du CLSC que j’ai décidé d’investiguer ce nouveau paradigme. Elle m’a expliqué qu’il peut arriver que des collaborateurs puissent se sentir « menacés » par l’efficacité des autres. Mais pourquoi donc? « Leur faible estime d’eux-mêmes »répondit-elle. 

Malgré que cette notion de l’estime ait été largement exploitée, il ne m’a pas été facile de trouver des références sur ce sujet spécifiqueEn fait, je ne crois pas avoir encore trouvé le bon mot qui représente parfaitement le concept. J’ai cherché sous les termes de la jalousie, de l’envie, de la rivalité, du jeu de pouvoir, du harcèlement, etc. Je suis tombée sur des articles parlant de gestionnaires irrespectueux, de collègues caractériels, de manque de confiance en soi chez les timides, ce qui ne correspond pas tout à fait à ce que je perçois chez ma clientèle. 

Le niveau au lieu du cercle 

Pour revenir à ma discussion avec la professionnelle, je ne comprenais toujours pas en quoi l’efficacité d’une personne pouvait jouer sur la confiance en soi des autres. Ma comparse me dit du tac au tac : « Je vois très bien comment quelqu’un pourrait se sentir menacé par toi ». Abasourdie j’étais. Je lui ai répliqué : « Impossible! Comment? Je suis pourtant douce, aimable, je sollicite l’avis des autres, j’aime collaborer avec eux ». En effet, je conçois comme image un cercle dont tous les éléments sont nécessaires pour le former. S’agit-il plutôt d’un niveau où chacun doit être égal à l’autre pour trouver l’équilibre? 

Bien que cette discussion date de plusieurs années, elle m’a poursuivi pendant un certain tempsMa réaction était-elle de la fausse modestie de ma part? Est-ce que j’écrase les autres à mon insu? Peut-être que je ne me mêle pas de mes affaires et j’en fais trop? Cette remise en question de ma perception envers moi-même a joué sur ma propre estime en tant que professionnelleCe qui m’a le plus étonné, c’est de retrouver ce pattern aussi souvent dans le discours de mes clients, sans pouvoir mettre des mots précis sur leur expérience. 

« Je veux changer de carrière » 

Ce qui me désole le plus, c’est qu’au lieu de s’attaquer à ce trouble, les victimes se mettent à tout remettre en question. Elles croient ne plus aimer leurs tâches, elles se présument incompétentes dans leur fonction, elles s’évaluent comme incapables de performer, ce qui est pourtant tout le contraire! 

Par exemple, dans un précédent emploi, nous avions toute une journée pour rédiger un rapport. C’était facile pour moi de le faire en deux heures. Alors, l’autre qui réussit à peine à le terminer en huit heures, lui, éprouve clairement de la difficulté. Au lieu de faire le constat que je puisse avoir des habiletés efficaces en rédaction, j’ai cru que j’avais tourné les coins ronds pour me débarrasser sans doute de ma tâche. Que de ce fait, je n’étais sans doute pas à ma place dans cette fonction. Comment mon esprit pouvait-il croire le contraire de ce qui était vraiment? 

 Que faire si je performe « trop »? 

Je ne souhaitais pas non plus que ce billet devienne « 5 trucs infaillibles pour neutraliser la jalousie des autres au travail ». À part travailler sur notre propre estime de soi, il n’y a pas de recette miracle qui existe. Alors, comment doit-on agir afin d’entretenir des contacts harmonieux avec le collègue envieux/jaloux/rival? L’ergothérapeute m’a expliqué qu’il est primordial de démontrer à l’autre sa valeur, en lui disant que nous avons besoin de ses idées et de ses opinions. En lui reflétant aussi que ses aptitudes et ses compétences nous sont très utilesAinsi, l’équilibre se réinstallerait par lui-même et le jeu de pouvoir ainsi s’amoindrirait. Il faut tout de même souligner l’importance de ne pas laisser sa propre efficacité dans l’ombre en la dissimulant ou en se remettant constamment en question afin de préserver l’autre. Il faut rester authentique! 

En conclusion 

Ce constat a grandement changé ma façon d’intervenir avec certains clients. Plus précisément, il me permettait de mettre des mots sur le vécu de ceux-ci et de les déculpabiliser de leurs mauvaises expériences professionnelles passées. À quelques reprises, j’ai pu entrevoir qu’après réflexion de leur part, ce n’était pas les tâches occupées qui ne convenaient plus (contenu), mais l’ambiance de travail qui les avaient « détruits » (contenant). 

Jacinthe Morissette est titulaire d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en sciences de l’orientation. Elle est conseillère d’orientation et membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec depuis 2012. Elle exerce actuellement chez Groupe Priorité Travail, un organisme en employabilité à Laval depuis 2015, où elle est la coordonnatrice de l’évaluation spécialisée de l’autonomie socioprofessionnelle. Elle a auparavant œuvré au Service correctionnel du Canada en tant qu’agente de libération conditionnelle et agente de programmes correctionnels auprès des délinquants sexuels.
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Jacinthe Morissette est titulaire d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en sciences de l’orientation. Elle est conseillère d’orientation et membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec depuis 2012. Elle exerce actuellement chez Groupe Priorité Travail, un organisme en employabilité à Laval depuis 2015, où elle est la coordonnatrice de l’évaluation spécialisée de l’autonomie socioprofessionnelle. Elle a auparavant œuvré au Service correctionnel du Canada en tant qu’agente de libération conditionnelle et agente de programmes correctionnels auprès des délinquants sexuels.