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DÉCLIN DU QUOTIENT INTELLECTUEL : LES FUTURS TRAVAILLEURS MOINS INTELLIGENTS?
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Déclin du quotient intellectuel : les futurs travailleurs moins intelligents?

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Depuis deux décennies, un phénomène préoccupe endocrinologues et épidémiologistes: la baisse du quotient intellectuel (QI) observée dans plusieurs pays occidentaux. Quelles en sont les causes? Et surtout, les conséquences?

D’après certaines données recueillies, le QI en Occident aurait augmenté entre 1950 et 2000 environ. Cependant, depuis la fin du 20e siècle, il tend à diminuer. Il semble aussi que la vitesse de réaction, reflet de l’intelligence générale dans une certaine mesure, aurait diminué par rapport à ce qu’elle était il y a cent ans.

Les perturbateurs endocriniens au banc des accusés

Cette baisse du QI pourrait bien être liée à l’augmentation de la quantité et de la diversité des polluants environnementaux. Quel est le mécanisme d’action?

Il faut savoir que certains de ces polluants ont pour effet de perturber le système hormonal. C’est le cas des BPC, dont on trouve des traces dans l’environnement, des phtalates présents dans les plastiques, de plusieurs retardateurs de flamme dans les meubles et appareils électroniques, de certains pesticides, de substances imperméabilisantes dans les meubles et vêtements, etc. Ces polluants portent un nom : perturbateurs endocriniens. Certains d’entre eux affectent la signalisation d’une hormone particulièrement importante : l’hormone thyroïdienne. Or cette dernière est essentielle au développement cérébral, c’est-à-dire à la production et à la migration des neurones, à la formation de connexions synaptiques, à la myélinisation des axones des neurones, etc.

Des études épidémiologiques ont indiqué que les enfants nés de mères exposées aux pesticides organophosphorés durant la grossesse, risquaient davantage d’avoir un QI réduit. Plus précisément, on a observé une différence de 7 points de QI entre les enfants les plus exposés in utero et ceux les moins exposés.

Qui sont les plus vulnérables à ces polluants? Les fœtus. La grossesse est une période critique et sensible au cours de laquelle des agents chimiques en tout genre (médicaments, alcool, polluants) peuvent nuire au développement du système nerveux. Et c’est de ce système dont dépend notamment le potentiel intellectuel.

Une autre variable dans l’équation : l’iode

Autre facteur causal dans la baisse du QI : la carence en iode. Bien que les carences sévères en ce minéral soient plutôt rares de nos jours, il n’en demeure pas moins qu’une légère carence tend à se répandre dans plusieurs pays. Par exemple, les femmes enceintes dans deux tiers des pays d’Europe auraient un apport alimentaire insuffisant en iode.

En quoi cette légère carence pose-t-elle problème? L’iode est nécessaire à la synthèse de l’hormone thyroïdienne dont dépend le développement cérébral. Grâce à des recherches, on sait qu’une carence en iode, même légère, durant cette période augmente le risque de QI plus faible chez les enfants. Important à noter : le fœtus est dépourvu de thyroïde durant les premières semaines; la mère lui fournit l’hormone thyroïdienne nécessaire.

Une étude a permis de confirmer l’absolue nécessité de l’iode en début de grossesse. Dans les années 1960, le médecin britannique Peter Pharoah avait noté en Papouasie-Nouvelle-Guinée un nombre élevé de cas de crétinisme, un trouble caractérisé entre autres choses par un retard mental sévère. Il procède alors à des injections d’huile iodée chez un groupe de femmes enceintes. L’autre groupe de femmes enceintes reçoit, en guise de placebo, une injection d’eau. Qu’a constaté ce chercheur? Les injections d’iode permettent de réduire de manière significative le nombre de cas de crétinisme chez les enfants nés les mois suivants. Le chercheur note un détail fort important: cet effet préventif survient si les mères reçoivent le complément d’iode en début de grossesse (= période critique). En fin de grossesse ou durant l’allaitement, l’effet prophylactique se révèle moindre.

L’iode est tellement important que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un apport quotidien de 250 microgrammes aux femmes enceintes. À titre comparatif, les adultes ont besoin d’environ 100 microgrammes par jour. Un supplément d’iode (entre 100 et 150 microgrammes par jour) peut être nécessaire pour les femmes enceintes dont l’alimentation ne répond pas suffisamment au besoin.

Le déclin du QI : un phénomène multifactoriel

Pour comprendre le phénomène multifactoriel de la baisse du QI, d’autres facteurs méritent bien sûr d’être pris en compte : changements économiques, nombre d’enfants par classe, méthodes pédagogiques, environnement familial, alimentation, utilisation accrue d’appareils électroniques. Peu importe la ou les causes de la baisse du QI, le potentiel intellectuel des prochaines générations semble compromis. Nous devons agir. En ce qui concerne les perturbateurs endocriniens, des pistes de solutions individuelles et collectives s’offrent à nous (cliquez ici)

Conclusion

En résumé, les scientifiques constatent un déclin progressif du QI depuis le début des années 2000. Deux facteurs importants : de la conception jusqu’à l’âge adulte, nous sommes exposés à des milliers d’agents chimiques, dont certains, les perturbateurs endocriniens, nuisent à l’axe thyroïdien. Ces polluants posent problèmes notamment durant la grossesse, période critique pour le développement du cerveau. De plus, une carence en iode chez la femme enceinte peut nuire au développement du cerveau de son enfant.

Ce phénomène inquiétant soulève une foule de questions. Quels seront les impacts de cette baisse de QI sur la formation des futurs travailleurs? Quel sera l’impact sur les organisations? Sur le travail des conseillers d’orientation? Merci de laisser votre commentaire ci-dessous.

 

BIBLIOGRAPHIE

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Stéphane Migneault est psychologue, formateur et conférencier. Il pratique la psychothérapie brève à Québec. Fort de ses 13 années d’expérience avec l’EMT, il enseigne depuis 2010 cette technique avant-gardiste à des professionnels de la santé: psychologues, conseillers d’orientation, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, sexologues, infirmières psychiatriques et médecins. Il a formé à ce jour plus de 1200 professionnels du Québec, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario, tant en français qu’en anglais. Avec une nutritionniste, il coanime la formation De l’assiette au cerveau: l’influence de l’alimentations sur le cerveau et la santé mentale.
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Stéphane Migneault est psychologue, formateur et conférencier. Il pratique la psychothérapie brève à Québec. Fort de ses 13 années d’expérience avec l’EMT, il enseigne depuis 2010 cette technique avant-gardiste à des professionnels de la santé: psychologues, conseillers d’orientation, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, sexologues, infirmières psychiatriques et médecins. Il a formé à ce jour plus de 1200 professionnels du Québec, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario, tant en français qu’en anglais. Avec une nutritionniste, il coanime la formation De l’assiette au cerveau: l’influence de l’alimentations sur le cerveau et la santé mentale.