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En février 2026, cela fera 15 ans que je publie des billets sur le blogue d’OrientAction, de mémoire, de 4 à une dizaine par année. Un mois auparavant, à l’occasion de la CONAT 2011 (ancêtre de Cannexus), sous l’amicale insistance de Pierre Deslauriers alors de la GRICS, j’acceptai de contribuer à ce bulletin dont l’objectif était d’aider les professionnels du développement de carrière québécois et canadiens à rester au fait des dernières nouvelles et tendances. Cependant, en 2017, cette publication fut intégrée à la plateforme de CERIC –donc bien avant la nuagisation – causant ainsi la perte à tout jamais de tous les billets antérieurs à cette date. Par conséquent cela handicape beaucoup toute tentative d’une rétrospective-synthèse. Alors, je me fierai à ma mémoire et surtout à mes amours pour en amorcer une.
Au début de ce mandat, comme je me consacrais à la recherche-formation-développement des diverses approches groupales, je rédigeai surtout des billets en lien avec ces problématiques. Pour ce faire, je m’inspirai souvent des questions qui m’étaient posées à leur sujet. Cela prit évidemment de l’ampleur en 2014 avec la publication de mon livre Le potentiel groupal, chez Septembre, un traité reprenant systématiquement et en profondeur ce que j’avais déjà ébauché dans L’orientation et les groupes dans une optique carriérologique publiée en 1989 chez Fides, une plaquette qui fit l’objet de nombreux tirages.
À la boutade comme j’ai déjà mentionné, en naissant dans une famille composée de neuf personnes (plus un homme engagé pendant deux ans), puis par la suite – c’est-à-dire dès l’âge de trewize ans – en ayant fréquenté divers pensionnats où la règle était : Rarement 1, jamais 2, toujours 3 et plus1 », je tombai pour ainsi dire dans la marmite du groupal. Une fois diplômé, on me confia des groupes d’élèves peu doués pour l’étude, donc souvent peu motivés – quel solide défi pour un animateur! – ainsi que l’animation des plénières des journées pédagogiques des enseignants. Dès ma première année comme professeur à l’université, mes collègues remarquèrent que l’absentéisme estudiantin était le plus souvent nul dans mes cours et, conséquemment, programmèrent avec une certaine complicité de ma part mes enseignements les vendredis après-midi. Et quand vint pour moi la possibilité de m’inscrire au 3e cycle avec 80 % de mon salaire et une bourse du Fédéral, ces mêmes collègues appuyèrent ma candidature tout en stipulant, d’abord oralement, puis par écrit, que mon doctorat (cours, stages, examen général et thèse) devait porter sur les approches groupales. Je ne pus alors m’empêcher de repenser à l’anecdote d’un certain Massicotte, élève dans une petite école de rang. Comme l’enseignante avait à gérer une poignée d’élèves répartie sur trois niveaux scolaires, elle passait une douzaine de minutes à expliquer une notion (accord du participe passé avec avoir, règle de trois, etc.) à un niveau donné, puis assignait aux élèves de cette cohorte des exercices de compréhension et d’approfondissement à compléter pendant qu’elle s’adressait à un autre niveau pour refaire une séquence semblable, et ainsi de suite quelques fois par jour. Parce que Massicotte était, semble-t-il, un peu lent, mais surtout fort distrait (dans la lune, disait-on), il arrivait que l’enseignante ait à reprendre pour lui seul une seconde fois son exposé, et si Massicotte n’avait toujours pas compris, faute de temps et résignée, elle s’exclamait : « Massicotte fas du dessin! » Or, Massicotte fit tellement de dessins qu’il est devenu un illustrateur renommé2! Parallèlement, à moi, on a souvent dit : « Limoges, fas du groupe! »
Cela étant dit, depuis le début de mes contributions à ce blogue, l’un des principaux référentiels pour ces billets est le modèle interactionniste, autrement dit, l’inépuisable dynamique Individu-Étude-Travail (I-E-T). Métaphoriquement, chacun des trois angles ou sommets et chacun des trois côtés du triangle I-E-T contribuent à élucider la complexité de l’orientation et du développement de carrière.
Plus j’avance en âge, plus je me soucie de la transmission de legs intergénérationnels, en particulier ceux spécifiques au Québec. En effet, pendant quelques décennies au siècle dernier, le Québec fut reconnu internationalement, surtout dans le monde latin, mais même ailleurs, pour ses innovations en orientation et en carriérologie, grâce, entre autres3 , au leadership (et par ordre alphabétique) des Bégin, Bujold, Dupont, Gingras, Noiseux, Lecomte, Limoges, Pelletier, Perron, Riverin-Simard et Spain. Évidemment, j’accueille toujours avec ouverture et enthousiasme les contributions des relèves subséquentes d’ici et d’ailleurs, mais, par mes billets, je fais en sorte que les bébés ne soient jamais jetés avec l’eau des bains!
Maintenant que j’amorce ma quatrième année comme octogénaire, j’ai beaucoup de temps pour lire, et je m’en réjouis.
Je peux me permettre de lire des œuvres volumineuses sur une multitude de sujets. Tout m’intéresse à des degrés divers évidement et, par nature, j’ai tendance à faire flèche de tout bois, c’est-à-dire, chaque fois, à voir et à faire des liens avec les enjeux d’orientation et de développement de carrière – une sorte de biais professionnel. Depuis longtemps, on me reconnaît − moi aussi d’ailleurs − une compétence à synthétiser. Pas étonnant alors qu’on m’ait fréquemment demandé d’animer les séances de clôture. Il m’arrive de faire appel à cette compétence dans mes billets, comme c’est le cas présentement.
Et tout au long de ces billets, pourquoi ne pas faire des interfaces entre le plaisir d’écrire et le plaisir de lire, surtout quand un texte est agrémenté d’anecdotes!
C’est donc dans cet esprit que j’accepte encore une fois l’invitation de la direction d’OrientAction à poursuivre ma collaboration et à entreprendre ma seizième année comme billettiste. Voyons voir si le présent billet pourrait faire qu’une lectrice ou un lecteur ramène à la surface quelques billets de la mouture pré-CERIC!
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre
Références
1. Mes hypothèses sont : pas 1 pour éviter les fugues; pas 2 pour éviter d’éventuels rapprochements homosexuels; toujours 3, car dans un trio il y en a toujours un qui se donne le rôle de « surmoi » ou de conscience!
2. L’anecdote vient du Frère Louis-Marie, alors professeur de français de 9e année en 1952. Lors d’une rétrospective sur l’illustrateur québécois Edmond-Joseph Massicotte au Musée des beaux-arts, j’ai tout lu les cartels et annotations et n’ai trouvé aucune mention de cette anecdote. Quant au Frère Louis-Marie, bientôt nonagénaire, il n’en a aucun souvenir.
3. Exclusivement des personnes ayant laissé un héritage écrit en vue d’enrichir les pratiques orientantes et carriérologiques.




