Une éventuelle seconde rencontre?
Marché du travail

Une éventuelle seconde rencontre?

S’exposer au regard d’un aidant ou d’une aidante peut paraître dangereux pour certaines personnes. Ces personnes sont loin de se douter qu’elles ne sont pas les seules à vivre une telle expérience d’insécurité. Pour certaines d’entre elles, une demande d’aide est le résultat d’un cheminement long et difficile. Dans ce cas, la première rencontre est chargée d’enjeux. 

Dans les situations les plus délicates, la personne baigne dans un sentiment de honte ou de culpabilité vis-à-vis d’elle-même et parfois vis-à-vis de sa demande d’aide. Elle peut ressasser ses mauvaises actions et ruminer ses pensées négatives. Elle peut avoir l’impression de déranger. Elle peut ressentir confusément que sa démarche « dérange » quelque chose ou quelqu’un.  Peut-être, dérange-t-elle une loyauté familiale, ses croyances sur elle-même, sur la formation, sur le travail et sur la vie en général ou simplement ses habitudes? Dans ce cas, elle peut avoir l’impression de trahir sa famille, ses propres croyances ou ses habitudes. Cette personne peut se sentir vulnérable. Cette vulnérabilité peut nous toucher dans notre propre vulnérabilité, notre propre besoin d’aide ou de supervision, notre besoin d’aider et nos sentiments quant à notre expérience de demande d’aide et notre expérience de la relation d’aide. Que faire de cette vulnérabilité? 

Si nous le souhaitons, nous pouvons partager notre gratitude ou notre appréciation par rapport au fait que la cliente ou le client vient consulter, prend de son temps, de son courage parfois, de sa confiance, pour le fait qu’il ou elle expose sa sensibilité.
Nous pouvons reconnaître (au moins intérieurement) que ce client ou cette cliente nous fait un cadeau qui nous touche. Notre expérience de demandeur d’aide représente une ressource transférable dans notre pratique d’accompagnement. En tant qu’aidant ou aidante, le fait de porter notre regard sur ce qui peut se jouer derrière une demande d’aide peut nous faire voir l’entrevue unique d’un œil neuf. 

Avant de devenir professionnel de l’orientation, en raison de mon faible niveau d’estime de moi-même, mais aussi en raison de mon sentiment d’insécurité, l’idée de consulter m’était difficile à envisager. Le désir de « m’en sortir » avec du soutien n’était pas encore supérieur à mon sentiment d’insécurité. Que d’années de tiraillements! Aujourd’hui, je peux voir avec compréhension et bienveillance les croyances négatives d’un client ou d’une cliente et le défi de venir consulter avec beaucoup d’appréhension et de courage. Lors de la première entrevue, le sentiment de mésestime de soi ou le sentiment d’insécurité peut venir ou revenir sur le devant de la scène. En venant à une première entrevue, la personne a relevé son défi. C’est peut-être une grande victoire pour elle. Se trouver ou se retrouver face à ses limites représente peut-être à la fois une grande avancée et une limite que la personne gagne à respecter (besoin légitime de protection). Bien sûr, pour nous, professionnels, une entrevue unique peut avoir le goût d’une démarche inachevée. Mais pour la personne qui est venue à une première rencontre, c’est peut-être un grand pas, une victoire sur elle-même, sur ses schémas, un tremplin dont les effets se font sentir soit dans l’immédiat soit dans les jours, semaines, les mois voire les années à venir. 

Ainsi, si nous percevons, lors de la première rencontre, qu’il s’agit d’un grand pas pour le client ou la cliente, notre comportement de validation de sa démarche et d’appréciation de sa présence ici et maintenant contribuera à apaiser son sentiment d’insécurité. En effet, pour ces clients ou clientes, il sera important de recevoir de l’appréciation, de la validation et pourquoi pas de la valorisation dans le sens de reconnaître les valeurs qui sont exprimées à travers cet « effort » de venir consulter. Après tout, demander de l’aide représente une démarche noble et courageuse. C’est déjà un signe de vaillance, de résilience et peut-être de détermination aussi. Nous voyons pointer quelques valeurs dans le seul fait de demander de l’aide, de venir à une première rencontre et de faire face à une inconnue ou à un inconnu. Oui, il s’agit parfois d’un acte courageux, héroïque même. Il y a donc là une victoire sur les croyances négatives et sur des schémas nuisibles à la prise en main de sa vie avec l’espoir d’être aidé et avec du soutien.  

Un regard inconditionnellement positif sur nos clients et clientes et sur leur démarche peut avoir un impact à long terme sur leur état d’esprit. 

Cette validation et cette appréciation (perfectibles) renforcent l’élan de consulter et l’étape qui consiste à retrouver l’espoir d’être aidé. Cet acte de consulter ou de consulter à nouveau, qui peut être le résultat d’une longue réflexion, d’un cheminement émotionnel plus ou moins complexe, d’une multitude d’actions (lire, rechercher de l’information, s’autoévaluer, en parler autour de soi, essayer diverses activités, etc.), représente un acte de résolution en soi pour certaines personnes. Les personnes reçues apprécient une reconnaissance fine de leur ressenti. Elles sont réceptives à la validation comme à l’appréciation de ce qu’il y a d’humain et de courageux derrière leur démarche. Elles sont sensibles à la reconnaissance de leurs valeurs personnelles, de leur démarche, de leurs efforts ainsi qu’à l’appréciation de leur vulnérabilité. 

L’acte victorieux de venir à une première rencontre représente le premier « cadeau à déballer ». Valider et apprécier ce passage allant de l’intention à l’action alimente un processus créateur de solutions transposable tout au long d’un counseling de carrière et tout au long de la vie. 

Les données probantes indiquent qu’un changement a plus de chances de se produire après deux ou trois rencontres. La combinaison des modalités individuelles et collectives augmente les possibilités de changement. Toutefois, certaines personnes tirent bénéfice d’une seule rencontre parce qu’elle a suscité ou nourri un autre regard sur soi-même. Parfois, elle a provoqué une rencontre avec soi-même. Bien entendu, après une rencontre (qui est déjà une victoire pour le client ou la cliente), l’ouverture au changement et l’acceptation de changer peut prendre encore un certain temps, le temps qui sera nécessaire avant une éventuelle seconde rencontre. 

 

* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre. 

Psychologue de l’éducation nationale spécialisé en éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle, Laurent exerce en France dans un centre d’information et d’orientation. Depuis 20 ans, il accompagne tout type de public notamment les scolaires. Il a passé une année en qualité d’étudiant au Département d’orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke pour peaufiner ses compétences opérationnelles. Il mesure chaque jour la portée transculturelle d’un counseling au service de l’orientation et du développement de carrière. Il partage son expérience de l’accompagnement via l’écriture et la formation.
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Psychologue de l’éducation nationale spécialisé en éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle, Laurent exerce en France dans un centre d’information et d’orientation. Depuis 20 ans, il accompagne tout type de public notamment les scolaires. Il a passé une année en qualité d’étudiant au Département d’orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke pour peaufiner ses compétences opérationnelles. Il mesure chaque jour la portée transculturelle d’un counseling au service de l’orientation et du développement de carrière. Il partage son expérience de l’accompagnement via l’écriture et la formation.
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