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Et si l’inspection professionnelle était aussi une occasion de grandir comme conseillère d’orientation?

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Stressée, anxieuse… puis fière! Mon premier questionnaire d’inspection raconté tel que je l’ai vécu.

Pendant les fêtes, j’étais assise sur mon surf à la plage de Sayulita quand, soudainement, j’ai pensé à mon inspection professionnelle. Je venais de réaliser que ça allait bientôt faire trois ans que j’étais conseillère d’orientation (c.o.). Eh oui… tous les c.o. débutants doivent passer par là! C’est bien normal, après cinq années d’université, l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec (OCCOQ), dont le mandat est de protéger le public, doit s’assurer que nous respectons nos obligations, notamment la tenue de dossiers et les cinq autres compétences du rôle de c.o.

Retour au travail. Le 8 janvier 2026, je reçois le fameux courriel : « Questionnaire d’inspection ». Je ne suis pas surprise… mais je ressens un petit malaise quand même. À ce moment-là, nous étions deux c.o… pour 1800 élèves, en pleine période d’inscriptions pour le post-secondaire. Disons que ce n’était pas le moment idéal. Mais est-ce qu’il y aurait eu un moment vraiment parfaitement idéal? Non.

Mon premier réflexe? Le déni. Un classique évidemment. Un peu comme quand tu es en retard dans un travail universitaire et que soudain, laver ta douche devient urgent et surtout, un pur plaisir (sérieusement… qui aime laver sa douche?) haha!

Une semaine plus tard, je me décide à en parler à ma collègue. Elle me suggère de demander un report. Sur le coup, je dis non… puis je réalise rapidement que j’en ai besoin. L’OCCOQ accepte. Soulagement? Pas vraiment. Mon stress était encore là, bien installé.

Finalement, j’ai décidé d’aller travailler dans un café avec ma sœur. Huit heures plus tard, j’avais rempli les trois quarts du questionnaire. Oui, huit heures. C’est vrai que je suis perfectionniste, mais surtout, ce moment m’a permis de faire quelque chose que je fais rarement, soit prendre du recul sur ma pratique.

Et là, j’ai ressenti une fierté immense.

Mettre sur papier trois ans de pratique, réaliser le chemin parcouru, voir concrètement tout ce que je fais. J’ai même lancé à ma sœur : « Je pense que je suis la meilleure des c.o. » et je le pensais! Haha! Mon sentiment d’efficacité personnelle est monté en flèche.

Au total, j’ai mis environ quatorze heures pour remplir mon questionnaire. Je l’ai envoyée le 6 février, même si j’avais un délai plus long. J’avais besoin que ça sorte de ma tête.

Une semaine plus tard, un inspecteur me contacte. Quelle surprise de voir que c’était quelqu’un que j’avais connu à l’université! Une rencontre virtuelle est prévue et je dois ensuite préparer deux dossiers, un en pratique privée et un au scolaire.

Évidemment que ça me crée un nouveau stress, mais cette fois-ci c’était différent et plus concret.

Je me questionne à savoir si mes dossiers sont assez complets. Au scolaire, avec le volume d’élèves, la tenue de dossier parfaite est un défi constant, même si je fais de mon mieux. J’investis plusieurs heures à revoir mes dossiers, mon code de déontologie, à organiser le tout. Petit ajustement technique demandé (merci le format ZIP sans accents), et c’est finalement prêt.

Le 12 mars, une tempête de verglas force le report. On réussit finalement à fixer la rencontre au 24 mars. Et pour vrai, j’avais vraiment hâte… que ce soit terminé.

Le 24 mars, 10 heures, je suis prête avec mon code de déontologie en main.

On a discuté, échangé, réfléchi ensemble aux six compétences. On était vraiment loin d’un moment d’évaluation stressant, c’était juste un vrai dialogue sur les bonnes pratiques.

Mon inspection m’a donc ramenée à l’essentiel : prendre du recul, ajuster sans attendre et continuer à faire du sens dans ma pratique.

Le verdict est positif, je respecte mes obligations mais surtout, j’en ressors avec une réflexion encore plus solide sur ma posture.

Être c.o. ça passe par des compétences clés, soit évaluer avec rigueur (incluant le risque suicidaire), intervenir malgré les obstacles, assumer mon rôle-conseil et faire rayonner la profession pour mieux protéger le public. (Tu sais que mon rêve, c’est d’être une ambassadrice des c.o. partout au Québec! ;))

Ça a été aussi un gros rappel sur l’éthique et la déontologie parce que ce que je dis, ce que j’écris et ce que je partage a un impact réel. Mon dossier doit être clair, respectueux, et toujours écrit comme si mon client allait le lire parce que c’est possible que ce document soit demandé.

J’ai réalisé à quel point la tenue de dossier est aussi essentielle que l’intervention elle-même, autant pour moi que pour le client ou pour toute personne qui pourrait reprendre le dossier.

Et là où j’ai été agréablement surprise, c’est dans la reconnaissance de ma façon de mesurer l’impact de mes interventions. Ma capacité à faire des liens avec mon évaluation de départ, à observer l’écart avec la situation souhaitée de mon client et à ajuster mes interventions en ce sens. Une pratique dans laquelle je suis en mesure de demeurer dans le concret, appuyée sur des théories du développement de carrière, et qui va bien au-delà de l’intuition.

Je retiens aussi que mon désir d’aider ne doit jamais faire en sorte que je m’oublie. Prendre soin de ma pratique, me soutenir avec mes collègues, continuer à évoluer, c’est vraiment important!

Oui, l’inspection est là pour s’assurer que nous faisons les choses adéquatement.
Oui, elle protège le public.
Oui, elle vérifie notre rigueur.

Et tout ça est essentiel.

Mais elle est aussi, je crois, une occasion précieuse de se rappeler tous les bons coups, tous les efforts invisibles et tout le sérieux qu’on met dans notre rôle, jour après jour.

Parce qu’au-delà du stress, cette inspection m’a permis de mettre en lumière la professionnelle que je suis devenue. Pas parfaite, mais très rigoureuse, investie et engagée.

Et surtout, elle m’a rappelé l’importance de prendre soin de ma pratique… parce que personne ne le fera à ma place.

* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.

Joane Dubé Author
Joane Dubé est conseillère d’orientation depuis 2023 et œuvre dans le milieu du développement de carrière depuis 2020. C’est à la suite d’un retour aux études à 32 ans, qu’elle a obtenu un diplôme de baccalauréat en développement de carrière et une maîtrise en counseling de carrière à l’UQAM. Elle est désormais fièrement membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec (OCCOQ). Son parcours professionnel l’a menée de l’accompagnement professionnel de personnes en situation de handicap à la consultation organisationnelle, avant de créer sa pratique privée et d’intervenir comme conseillère d’orientation en milieu scolaire.
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Joane Dubé Author
Joane Dubé est conseillère d’orientation depuis 2023 et œuvre dans le milieu du développement de carrière depuis 2020. C’est à la suite d’un retour aux études à 32 ans, qu’elle a obtenu un diplôme de baccalauréat en développement de carrière et une maîtrise en counseling de carrière à l’UQAM. Elle est désormais fièrement membre de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec (OCCOQ). Son parcours professionnel l’a menée de l’accompagnement professionnel de personnes en situation de handicap à la consultation organisationnelle, avant de créer sa pratique privée et d’intervenir comme conseillère d’orientation en milieu scolaire.
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