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À partir de ce jeu de mots, je tenais à mettre l’accent sur une question préoccupante :

- « Si l’orIEntation1 ne se réduit progressivement qu’à du counseling introspectif, qu’est-ce qui empêchera l’intelligence artificielle (orIAntation) d’en prendre la majeure partie en charge? »
- Un échange empathique, des reformulations, des pistes de réflexion non contraignantes, des exercices de clarification… des robots conversationnels (ChatBoxes) savent déjà le faire, 24/7, à coût quasi nul. Et, soyons lucides, plusieurs personnes les utilisent déjà avant même de consulter.
Prenons l’exemple de Paul (nom fictif) qui consulte pour faire valider un projet « fantastique » développé pendant de longs échanges « ChatBotIques ». Il en était totalement convaincu et il avait aussi, avec l’aide de l’IA, totalement occulté la majeure partie les facteurs de réalité, d’actifs et de contexte qui s’appliquaient pourtant à son cas. « orIEntation» Vs « orIAntation »?
Le problème en orIEntation, n’est pas seulement la « concurrence » technologique.
C’est plutôt la matière première fournie par les gens eux-mêmes. Ce que les gens rapportent à propos d’eux est fréquemment biaisé : sous-évaluation de certaines forces, surévaluation d’autres aspects, récits rationalisés, angles morts, etc.
La littérature sur les biais d’auto-évaluation et la calibration (sur-sous-confiance, effet Dunning-Kruger, auto-complaisance, etc.) converge : l’introspection à elle seule produit des données souvent instables, souvent peu valides et peu prédictives dans le contexte d’un processus décisionnel.
Or, si l’on nourrit l’IA avec des informations inexactes, elle ne peut que générer des sorties tout aussi inexactes, avec un vernis de cohérence.
Résultat : davantage de confusion et beaucoup moins de décisions éclairées. Dans le cas de Paul, les déceptions et les réveils brutaux sont à prévoir.
Ajoutons un autre écueil : l’utilisation d’informations isolées les unes des autres.
Beaucoup d’approches (et beaucoup d’usages de l’IA) partent d’un élément unique : un intérêt, une passion, un trait, une compétence « forte », une valeur, une conviction. Puis, ces approches génèrent des listes : métiers associés, programmes, environnements possibles. Le problème n’est pas la liste; c’est l’illusion de validité. Une personne n’est pas une étiquette. Elle est plutôt un ensemble de composantes qui interagissent : capacités, style relationnel, rythme, conditions de réussite, tolérance aux contraintes et exigences du marché. Sans logique d’ensemble, on suggère des véhicules séduisants, mais rarement viables à long terme.
Rappelons que Paul avait la conviction profonde que son projet allait se réaliser …
De plus, si les tendances « lourdes » de l’orIEntation consistent à combler d’abord les lacunes présentes chez une personne, on obtient un effet paradoxal : pourquoi consulter en présentiel ou à distance pour entendre ce qui lui manque?
On confond souvent « aider » et « réparer ». On priorise les carences, les lacunes, les compétences à développer avant de regarder ce qui est déjà avéré. Cette posture a un coût psychologique. Albert Bandura (*) l’a démontré : centrer l’intervention sur l’échec et le déficit mine rapidement le sentiment d’efficacité personnelle (SEP), ce qui a pour effet direct de diminuer la capacité à décider. Incidemment, l’incapacité à décider est considéré comme un manque en soi alors qu’elle est une résultante d’un SEP amoindri.
Rappel, à ce sujet dans mon article « Réflexion de début d’année : carrières et placements » : le parallèle est simple. En finances, un conseiller sérieux commence par mesurer les actifs (revenus, liquidités, dettes, horizon, tolérance au risque), puis il apparie avec des véhicules adaptés. Transposé en carrière, cela rappelle une séquence minimale de rigueur : mesurer d’abord, interpréter ensuite, apparier avec discernement; clarifier les actifs ne limite pas les options, cela les multiplie de façon cohérente.
C’est ici que je situe mon propre choix de pratique : privilégier une démarche d’orientation fondée sur des données et sur l’adéquation[ personne-marché du travail], plutôt que sur la seule conversation. Dans cette logique, je m’appuie sur l’Orientation positive Performance Carrière (OPPC) comme cadre de travail : un bilan positif d’actifs psychométriques, la fusion de ces actifs en scénario de succès à très forte valeur prédictive, puis l’appariement à des exemples de véhicules (métiers, professions, contextes) capables de porter ces scénarios dans la durée.
L’enjeu n’est donc pas d’être pour ou contre l’IA. L’IA est un moyen puissant et ce moyen est là pour rester.
Mais si l’orIEntation se définit essentiellement par le counseling introspectif, par l’usage d’informations isolées et par la correction de déficits, elle se rend elle-même interchangeable. Si, au contraire, elle se définit par la rigueur des mesures, une logique positive d’ensemble menant à un scénario de succès, un plan de match d’entrevue calibré en fonction des personnes, la lecture du marché et l’appariement défendable, elle redevient une pratique spécialisée axée sur l’adéquation [Personne – Marché du travail].
Quand l’orIEntation ressemble à une conversation, l’IA gagne;
Quand elle ressemble à une démarche fondée sur des preuves, l’humain redevient indispensable.
Alors : « orIEntation » ou bien « orIAntation»?
Continuons la conversation!
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.
Références
1- Le mot « orIEntation» se réfère au domaine de l’orientation scolaire et professionnelle tel qu’il est largement enseigné et pratiqué depuis des décennies au Québec. C’est l’orientation traditionnelle et celle-ci est bien différente de l’orientation positive de carrière. On pense à psychologie traditionnelle vs psychologie positive.



