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Dans la planification des services d’orientation (PSO), les conseillers et conseillères doivent offrir des interventions de qualité à l’ensemble des élèves, dans un temps limité et avec des besoins variés. Les tests psychométriques peuvent soutenir cette démarche, mais ils posent aussi des questions : quel outil choisir, pour quels objectifs, et comment l’animer de façon signifiante en classe?
C’est dans ce cadre que, dans deux milieux scolaires, nous avons intégré le test d’intérêts AFC Holland à notre PSO. Il ne s’agit pas de promouvoir un instrument, mais de montrer comment un test, utilisé avec rigueur, peut appuyer le travail clinique du c.o. auprès des élèves de 4e et 5e secondaire.
Choisir un test : un acte professionnel avant tout
Avant de retenir un test, le c.o. doit clarifier ce qu’il souhaite documenter (intérêts, aptitudes, personnalité, valeurs, sentiment de compétence) et vérifier la qualité psychométrique de l’outil ainsi que son adéquation à la population et au contexte scolaire. Dans nos milieux, nous avons retenu l’AFC Holland parce qu’il s’appuie sur la typologie RIASEC et qu’il combine quatre dimensions jugées pertinentes : intérêts professionnels, sentiment de compétence, traits personnels et aspects liés au bonheur au travail.
Son format en ligne et ses rapports visuels facilitent l’appropriation par les élèves, mais ce choix n’exclut pas d’autres instruments. Le test s’inscrit dans un ensemble plus vaste : entretiens individuels, activités d’exploration, outils comme CURSUS ou Repères et échanges avec les parents et les enseignants. Nous gardons une posture critique, attentive aux limites de l’outil et aux profils de réponses problématiques, et n’hésitons pas à nuancer ou compléter l’interprétation lorsque nécessaire.
Deux écoles, deux façons d’intégrer un test d’intérêts
Dans une première école, le test est intégré à la PSO de 4e secondaire. Les 245 élèves remplissent le questionnaire à la maison, sur une plage de quelques jours. Les parents reçoivent une lettre expliquant la démarche, leur rôle et les modalités de connexion, tandis que les élèves sont informés du caractère obligatoire de la tâche, du temps requis et de l’expiration de la session après 30 minutes d’inactivité.
Certains ne le font pas ou refusent la tâche; ils complètent alors le test durant l’animation en classe. Quelques protocoles révèlent des réponses incohérentes ou continues, ce qui correspond aux indices de qualité prévus par le manuel technique. Ces cas deviennent des occasions d’éducation : parler de la qualité des réponses, des limites d’un test mal complété et, au besoin, de décider d’une reprise ou d’un autre moyen d’exploration.
Dans une seconde école, une conseillère d’orientation utilise le même test auprès de 275 élèves de 5e secondaire, à l’automne. La démarche s’inscrit comme un COSP du MEQ au sein de la PSO, à travers deux ateliers d’environ une heure : le premier pour présenter les objectifs, obtenir le consentement libre et éclairé et réaliser la passation; le second, pour interpréter les résultats, remettre le profil individuel et amorcer une activité d’exploration professionnelle. La plateforme permet d’envoyer les rapports directement à l’adresse courriel des élèves, ce qui allège la logistique.
Dans les deux cas, l’enjeu n’est pas « d’utiliser un test », mais de l’articuler à une démarche plus large, adaptée au niveau scolaire, au calendrier et aux réalités locales.
Quand les quatre dimensions parlent aux élèves
Le test que nous utilisons évalue les intérêts professionnels, le sentiment de compétence, certains traits personnels et des aspects liés au bonheur au travail. Sur le plan théorique, ces dimensions sont bien documentées; dans la pratique, elles offrent surtout un langage accessible pour parler de soi avec des adolescents.
En 4e comme en 5e secondaire, un moment clé consiste à distinguer intérêt et sentiment de compétence. Pour beaucoup d’élèves, c’est une première prise de conscience : on peut être très intéressé par un domaine tout en se sentant peu compétent pour l’instant, ou se percevoir compétent dans un domaine qui suscite peu d’intérêt. Cette nuance les aide à réfléchir non seulement à « quoi choisir », mais aussi à « comment je prends mes décisions quand mes dimensions ne convergent pas toutes ».
Un exemple fréquent : une élève très attirée par le domaine de la santé, mais déstabilisée par des résultats plus faibles en physique et en chimie au début de la 5e secondaire. Le test reflète cette tension : un fort intérêt pour les soins, un sentiment de compétence qui vacille. Avec l’accompagnement du c.o., ce profil devient un point de départ pour discuter des différentes voies dans le domaine de la santé, de la possibilité de travailler certaines compétences, ou d’ouvrir la réflexion à des métiers connexes.
Animer un test en classe : potentiel et contraintes
La valeur ajoutée du test ne réside pas dans le rapport en soi, mais dans ce que nous en faisons en classe.
En 4e secondaire, deux périodes de 45 minutes sont consacrées à l’appropriation des résultats.
Les rapports imprimés permettent aux élèves de surligner, annoter, tracer des liens.
L’animation alterne entre : explication de la logique RIASEC, distinction entre intérêts et sentiment de compétence, travail sur les convergences et les tensions, liens avec des outils comme la typologie CURSUS et des cartes de familles de métiers.
En 5e secondaire, la même logique est reprise, mais ancrée dans les préoccupations du moment : demandes d’admission, résultats scolaires, changements de projets. Le test devient un prétexte pour parler de tolérance à l’incertitude, de diversification des options et de la possibilité de réviser un projet. Dans les deux milieux, les ateliers de groupe sont complétés, au besoin, par des rencontres individuelles où le c.o. peut contextualiser certains résultats.
Animer un test en classe, c’est aussi composer avec des contraintes : taille des groupes, attention fluctuante, temps limité pour des sujets complexes. Notre expérience montre que l’outil peut soutenir l’engagement, à condition d’y adjoindre des exemples concrets, des questions ouvertes et des espaces de parole où les élèves peuvent dire s’ils se reconnaissent… ou non.
Un mot sur les outils numériques d’accompagnement
L’éditeur a aussi développé un robot conversationnel, Oria, qui permet aux élèves de revisiter certains éléments de leurs résultats entre les rencontres, ainsi que des fonctionnalités destinées aux professionnels. Cet outil d’IA peut prolonger la réflexion, mais il ne remplace ni la relation d’aide ni le jugement clinique ; ce qu’il propose doit être discuté et nuancé dans le cadre de l’accompagnement.
Là encore, le cœur du travail demeure la capacité du c.o. à intégrer ces outils – tests et IA – dans une posture réflexive, éthique et centrée sur la personne.
Dans ces deux expériences, le test d’intérêts n’effectue pas le travail à la place du c.o. Il offre une structure, un langage, des points de repère. C’est la manière de le choisir, de le présenter, de l’animer et de l’intégrer à d’autres dispositifs qui font de cet outil un soutien réel à la construction des choix d’études et de carrière des élèves de 4e et 5e secondaire.
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.
* Perplexity (GPT‑5.1) est un assistant d’intelligence artificielle conversationnelle utilisé comme soutien à la cohérence d’ensemble du contenu, des exemples de pratique et des positions professionnelles des trois auteurs
Wilfrid Larochelle, c.o. est propriétaire de l’entreprise PAO, où il agit comme directeur et éditeur depuis plus de 30 ans. Praticien de la psychologie de l’orientation et membre de plusieurs organismes professionnels, il a conçu et édité plusieurs questionnaires en orientation, reçu le prix scientifique de l’OCCOQ et publié de nombreux ouvrages qui en font une référence en orientation scolaire et professionnelle au Québec.
Jennifer Gouveia, c.o. est conseillère d’orientation en milieu scolaire depuis 2015, actuellement au Pensionnat du Saint‑Nom‑de‑Marie. Titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en orientation de l’UQAM, elle accompagne les élèves de la 1re à la 5e secondaire par des ateliers, des activités d’exploration et des rencontres individuelles, afin de les aider à se connaître et à donner du sens à leurs choix d’études.
Sara Savoie, c.o., orthopédagogue détient une maîtrise en sciences de l’orientation (M.Ed., 2003) et une maîtrise en orthopédagogie (M.A., 2007). Bachelière en psychologie, elle s’intéresse particulièrement à la prévention et à l’intervention auprès des élèves à risque et offre actuellement des suivis scolaires à distance aux élèves du secondaire et du postsecondaire partout au Québec, pour soutenir leur motivation, leur réussite et leur intégration au marché du travail.
Wilfrid Larochelle, c.o. est propriétaire de l’entreprise PAO, où il agit comme directeur et éditeur depuis plus de 30 ans. Praticien de la psychologie de l’orientation et membre de plusieurs organismes professionnels, il a conçu et édité plusieurs questionnaires en orientation, reçu le prix scientifique de l’OCCOQ et publié de nombreux ouvrages qui en font une référence en orientation scolaire et professionnelle au Québec.
Jennifer Gouveia, c.o. est conseillère d’orientation en milieu scolaire depuis 2015, actuellement au Pensionnat du Saint‑Nom‑de‑Marie. Titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en orientation de l’UQAM, elle accompagne les élèves de la 1re à la 5e secondaire par des ateliers, des activités d’exploration et des rencontres individuelles, afin de les aider à se connaître et à donner du sens à leurs choix d’études.
Sara Savoie, c.o., orthopédagogue détient une maîtrise en sciences de l’orientation (M.Ed., 2003) et une maîtrise en orthopédagogie (M.A., 2007). Bachelière en psychologie, elle s’intéresse particulièrement à la prévention et à l’intervention auprès des élèves à risque et offre actuellement des suivis scolaires à distance aux élèves du secondaire et du postsecondaire partout au Québec, pour soutenir leur motivation, leur réussite et leur intégration au marché du travail.

