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À titre de professionnelle du counseling de carrière et d’orientation, je suis tenue de poursuivre mon perfectionnement. En faisant un retour sur les moyens pour y arriver, il est intéressant de constater qu’il m’est parfois difficile de progresser et de m’améliorer quand je tombe dans le piège d’adopter un type d’apprentissage passif plutôt qu’actif. Voyons un peu la différence de ce concept.
Plusieurs façons existent pour se perfectionner, car il y a une panoplie de possibilités que ce soit en présentiel ou en virtuel. Formation, codéveloppement, cours, lecture… Et il existe un éventail de ressources de plus en plus disponibles compte tenu de la présence accrue de la technologie et de l’accessibilité aux divers moyens pour y accéder. Ainsi, je peux passer des heures à assister à une formation en ligne, visionner des vidéos, lire des livres, ou échanger avec des collègues sans toutefois que cela m’amène à être plus compétente et à devenir une meilleure intervenante. Bien sûr, j’accumule des connaissances. La preuve? Je peux discourir sur une nouvelle théorie ou un nouveau concept, une problématique ou une intervention particulière pour telle ou telle clientèle. Ce qui n’est pas mauvais en soi. Cependant, il ne s’agit que du premier pas.
Car acquérir des connaissances ne signifie pas nécessairement être apte à les appliquer concrètement. Alors, comment les maximiser? Car c’est cela qui est important pour moi : transformer mes connaissances en compétences. Mon objectif n’est pas de garnir mon dossier de formation continue.
Ce que je vise en priorité, c’est d’être plus efficace dans mes interventions de counseling pour changer la vie en mieux, ne serait-ce que d’une seule personne.
Pour y arriver, la recette est simple : pratiquer. C’est ce qui est requis de toute personne qui veut s’adonner à un sport, exercer un métier ou une activité. Il s’agit d’un travail assidu et régulier dans l’action. Il n’y a aucun doute, je peux lire tout plein de livres sur un sport, le ski par exemple, bien comprendre les techniques du chasse-neige, du stem, du transfert de poids, du dérapage… et ne jamais oser chausser de skis!
En relisant cette dernière phrase, j’observe que ces paroles pourraient être prononcées par un entraîneur de sport, toute discipline confondue. Et afin que ce texte ne soit pas que théorique, voici trois exemples d’interventions avec lesquelles j’ai osé aller plus loin.
J’ai osé utiliser une intervention « pause autocompassion » avec une cliente qui s’auto-critiquait, quelques jours à peine après avoir suivi une formation avec Kristine Neff 1. Ai-je réussi à 100 %? Bien sûr que non. J’ai persévéré et chaque fois j’observais mon inconfort, mes faux pas et surtout la pertinence de cette intervention bien qu’utilisée maladroitement. Aujourd’hui, j’écris en toute humilité que je la maîtrise bien. Car j’ai osé.
J’ai osé le silence. Une intervention puissante qui me rendait inconfortable. Certaines questions ou commentaires ont besoin d’un temps de réflexion, d’un moment pour que l’émotion soit ressentie. Souvent, il n’y a rien à traduire ou à interpréter. Rester avec la personne sans rien bousculer, ni forcer. Simplement, être présent. J’en ai constaté les bénéfices. Car j’ai osé.
J’ai osé être supervisée. Une fois sur le marché du travail, notre ordre professionnel exige de maintenir à jour nos connaissances sans toutefois exiger un nombre minimal d’heures de supervision. Toutefois, il est important pour moi de rester compétente car les interventions de mon champ de pratique abordent la santé psychologique et l’identité des personnes qui me consultent. La supervision m’offre cet espace confidentiel, sécuritaire et privilégié pour peaufiner mon cadre théorique, exposer mes angles morts et
m’améliorer constamment. Elle me guide dans mes interventions, me permet de les adapter aux besoins uniques de chaque personne et de bâtir une solide relation de confiance.
C’est un outil de perfectionnement formidable qui permet d’aborder autant mes difficultés techniques que mes enjeux personnels face à certaines situations, personnes ou clientèles. Cela peut être intimidant et faire peur de mettre au grand jour ses vulnérabilités. C’est ainsi que j’ai réalisé que c’est aussi ce que je demande à mes clients. Je suis plus vigilante et plus à l’écoute. Car j’ai osé.
Ainsi donc, un apprentissage passif me permet d’acquérir des connaissances, l’apprentissage actif les transforme en compétences. En m’entraînant régulièrement, je développe ma « musculation » professionnelle, tout comme je développe les muscles de mes jambes pour affronter la montagne et apprivoiser concrètement les techniques. Arriverai-je en bas de la piste sans tomber? Cela reste à voir! Cependant, plus je pratique, plus les chances de m’améliorer sont grandes. En ski, je vise le bas de la piste tout en sachant qu’il y a des obstacles à franchir. En counseling, je vise le sommet de mes compétences, grâce à un effort constant et une pratique régulière et concrète, sans ignorer que j’y rencontrerai également des embûches et des défis à relever.
Tout au long de ma carrière, je me suis fixée une norme : 75 % en apprentissage actif, 25 % en apprentissage passif. Est-ce que j’y arrive tout le temps? Non. Cependant, me fixer cet objectif m’amène à observer ce qui m’en empêche et à trouver le moyen d’oser pour m’améliorer.
Un dernier truc que je me donne pendant tout apprentissage : observer mon niveau d’intérêt, de présence et de participation pendant l’activité. De plus, l’observation de mon niveau de fatigue intellectuelle qui en découle me donne un indice pour évaluer si je vais poursuivre mes efforts dans ce sens.
Alors à vous de jouer. Osez convertir vos connaissances en compétences « inconscientes ». Ce qui fera l’objet d’un prochain article.
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.
Références
Kristin Neff, psychologue américaine et professeure à l’Université du Texas, à Austin. Pionnière de la recherche sur l’autocompassion.




