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Réorientation : enjeux et réflexions

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Des parcours professionnels en mouvement

Le marché du travail s’est profondément transformé au cours des 50 dernières années, avec l’apparition de nouveaux emplois et de nouvelles formes de travail, comme le travail contractuel, à temps partiel et, plus récemment, dans un contexte d’essor technologique continuel, le télétravail.

Quand vient le temps de chercher un emploi, les possibilités et les flexibilités semblent infinies, mais avec plus d’options vient parfois plus de décisions et d’incertitude : « Suis-je vraiment alignée avec ce travail? », « Pourrais-je avoir de meilleures conditions ailleurs? », « L’avenir de mon emploi est-t-il menacé par l’apparition de nouvelles technologies? » …

Aujourd’hui, la remise en question est devenue courante, même inévitable, afin de s’adapter à l’évolution des conditions d’accès et de maintien sur le marché du travail.

Parfois, ces réflexions mèneront à la réorientation.

 

Se réorienter : volonté ou nécessité?

Une réorientation peut s’imposer comme elle peut être le fruit d’une réflexion personnelle. Des circonstances extérieures, telles qu’une abolition de poste, une fermeture d’entreprise, un accident ou un bouleversement familial demandent une adaptation rapide. La réorientation choisie revêt un caractère plus personnel, moins brutal. Elle peut être envisagée lorsque l’emploi ne correspond plus aux aspirations et aux valeurs ou lorsqu’un événement pousse à redéfinir ses priorités et à découvrir des aspects de soi jusque-là inexplorés, comme l’arrivée d’un enfant, par exemple. Qu’elle soit volontaire ou subie, la réorientation, à l’instar de l’orientation, paraît découler d’un ensemble de facteurs et d’événements difficiles à anticiper ou à circonscrire parfaitement. « La plupart des adultes déclarent avoir trouvé leur activité professionnelle à la suite d’un enchaînement d’événements inattendus » (LeBossé, 2011, p.279)

 

Réorientation : que se cache derrière la décision?

La réorientation est un processus en soi. À moins d’une réorientation imposée par un changement majeur, elle commence généralement par des insatisfactions subtiles et des questionnements silencieux : une impression de décalage avec son milieu, le sentiment d’avoir « fait le tour », de ne plus être motivé ou de perdre son temps. Parfois, il s’agit d’une sorte d’éloignement qui se crée avec son travail, une perte de sens.

Puis, ces ressentis finissent par devenir difficiles à ignorer : on s’accroche, on tente de trouver des marges de manœuvre, mais à force de suradaptation à ce qui ne convient plus, l’épuisement et le cynisme peuvent s’installer.

Ainsi, bien avant qu’une décision officielle ne soit prise, les pensées et les émotions agissent comme des repères sur un GPS, réajustant la trajectoire aux opportunités et obstacles rencontrés sur le parcours professionnel. Parfois, une simple bifurcation suffit ; parfois, un virage à 180 degrés s’impose.

 

Les deuils et l’incertitude
Changer de voie exige toutefois beaucoup de courage.

On dit souvent qu’un malheur connu vaut mieux qu’un bonheur inconnu, ce qui explique que l’on reste parfois longtemps dans une situation pourtant très inconfortable.

De fait, la réorientation implique de nombreux deuils : quitter un milieu, des collègues, des habitudes, mais aussi renoncer à certains repères, tels un statut, un rôle, ou encore l’image de l’avenir que l’on s’était construite. Se réorienter suppose donc d’accepter une part de risque en espérant que les bénéfices à long terme du changement dépasseront les pertes immédiates. L’incertitude, elle, s’installe dans l’entre-deux, là où l’on n’est plus tout à fait à sa place, sans encore savoir où l’on va : une impression de flottement, comme si la vie était « sur pause » pendant que les autres avancent. Durant cette période, les défis sont nombreux.

 

La pression sociale et temporelle

Parmi ces défis, il y a la pression sociale : peur de se « tromper » une seconde fois, de décevoir l’entourage, la peur du jugement! Même si les réorientations sont plus fréquentes aujourd’hui, la stabilité et l’ascension sont encore associées au succès professionnel. Retourner sur les bancs d’école ou accepter temporairement des emplois plus précaires peut donc être vécu ou perçu comme un échec, un « retour en arrière ».

Dans un monde axé sur la consommation et la productivité, répondre à la question « Que fais-tu dans la vie? » lorsque l’on est en transition peut susciter de l’anxiété. Comment expliquer que l’on ne sait pas, que l’on vient de tout abandonner? La perte de certains repères identitaires, souvent liée à la réorientation, peut en effet amener à questionner sa place dans le monde : « Qui suis-je sans cet emploi, sans ce titre? ». Dans ce contexte, il devient parfois tentant de vouloir « reprendre le rythme » rapidement, pour se rassurer et retrouver un sentiment d’ancrage ou d’appartenance. Apprendre à composer avec ces tensions fait néanmoins partie intégrante du processus.

 

Repartir à zéro?

Adopter un regard différent sur la réorientation peut en transformer profondément le sens et en faire une expérience plus positive. Se réorienter, c’est aussi faire un choix courageux ici et maintenant, tout en sachant que notre futur nous en remerciera. Puis, même un virage à 180 degrés n’est jamais complètement un nouveau départ : se réorienter ne signifie ni effacer son passé ni que les choix précédents étaient mauvais. Au contraire, ils deviennent des apprentissages : chaque étape laissée derrière contribue à la suivante et participe à la construction du parcours. Une réorientation nous appelle donc à cultiver l’espoir qu’un fil conducteur finira par se dessiner, donnant tout son sens au chemin parcouru.

 

Références

Le Bossé, Y. (2011). Psychosociologie des sciences de l’orientation : un point de vue interactionniste et stratégique. Éditions ARDIS.

 

* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.

Pendant plus de 12 ans, Catherine Drouin a accompagné de nombreuses personnes vers le mieux-être à titre de masso-kinésithérapeute. Animée par une profonde passion pour la santé, l’être humain et le désir d’accompagner l’autre dans sa globalité, elle est aujourd’hui titulaire d’un baccalauréat en orientation. Elle occupe le poste de responsable des communications au sein d’un organisme communautaire dédié au mieux-être des personnes aînées, tout en poursuivant son parcours académique avec la rédaction de son mémoire portant sur les risques psychosociaux du travail et les environnements organisationnels.
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Pendant plus de 12 ans, Catherine Drouin a accompagné de nombreuses personnes vers le mieux-être à titre de masso-kinésithérapeute. Animée par une profonde passion pour la santé, l’être humain et le désir d’accompagner l’autre dans sa globalité, elle est aujourd’hui titulaire d’un baccalauréat en orientation. Elle occupe le poste de responsable des communications au sein d’un organisme communautaire dédié au mieux-être des personnes aînées, tout en poursuivant son parcours académique avec la rédaction de son mémoire portant sur les risques psychosociaux du travail et les environnements organisationnels.
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