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Cet article dans OrientAction de la série thématique « Proche aidance et développement de carrière ». Restez à l’affût sur OrientAction dans les jours à venir pour plus d’articles thématiques, ou inscrivez-vous à notre infolettre hebdomadaire OrientAction en bref pour recevoir les publications thématiques.
Mise en contexte :
Au Québec, 1 adulte sur 3 est proche aidant, soit 2,4 M.1 Plus de la moitié (57 %) sont salariés et doivent donc concilier leur emploi et leur rôle d’aidant, une source additionnelle de stress. Selon le dernier sondage Léger2 , 60 % des salariés interrogés consacrent entre une et quatre heures par semaine à fournir de l’aide ou du soutien, tandis qu’un quart (25 %) y consacrent entre cinq et neuf heures par semaine. Ces heures, non rémunérées, sont notamment du soutien émotionnel ou psychologique (50 %), de l’aide aux travaux domestiques (42 %), du transport (42 %), de la coordination des soins médicaux (29 %), des opérations bancaires (28 %) et de l’aide aux soins personnels (27 %). La proche aidance a plusieurs visages, parfois l’aide apportée est auprès d’un parent vieillissant, un enfant à besoins particuliers, un conjoint ou un ami malade et s’échelonne souvent sur plusieurs mois voire des années. Le travail revêt un élément important pour les personnes proches aidantes car il représente l’occasion de se sentir utile autrement, de maintenir des liens sociaux et de penser à autre chose que la maladie.
Organisation :
Cette réalité, pourtant répandue, est encore un sujet tabou dans certaines entreprises. Les mesures de conciliation existantes sont également méconnues, puisque 45 % des salariés interrogés disent ne pas en être bien informés.
On dénote que certains employés proches aidants, préfèrent ne pas se dévoiler à leur gestionnaire de peur d’être stigmatisé, d’être perçus comme moins performants ou plus à risque d’absentéisme au travail. Ils considèrent que cela aurait également un impact négatif sur leur progression de carrière.
Pourtant l’étude de Rutgers3 démontre que le rôle d’aidant permet d’acquérir des compétences relationnelles, cognitives et liées à la productivité et qu’elles sont transférables dans le cadre du travail.
On retrouve au top 6 des compétences développées, l’empathie (50 %), l’efficience (39 %), la persévérance (34 %), la capacité à prioriser (30 %), le travail d’équipe (28 %) et l’intelligence émotionnelle (25 %). En conclusion, l’étude démontre que le Caregiving n’est pas un frein à la carrière; mais plutôt un entraînement au leadership dans l’action.
Deux jeunes étudiantes en ont même fait l’objet de leur mémoire en 2026 4, Mathilde Gressier et Jeanne Toulemonde. Leurs entretiens avec des salariés proches aidants révèlent un large spectre de compétences développées qu’elles ont regroupées dans deux registres : Le management de l’aidance et les compétences cognitives et relationnelles.
Le management de l’aidance s’apparente à la gestion de projets, soit la capacité à coordonner une équipe multidisciplinaire: médecins, travailleurs sociaux, ergothérapeutes, auxiliaires aux soins, nutritionnistes, etc. S’ajoute à cela la capacité d’anticiper et d’organiser à long terme. L’aidant doit construire les dispositifs de relais, planifier les absences et sécuriser l’environnement du proche. Également, les compétences administratives (dossiers de santé, formulaires) et institutionnelles. Par exemple, la navigation dans l’écosystème complexe pour trouver des ressources autant dans le système de santé, auprès d’organismes communautaires ou le secteur privée. Sans compter une bonne gestion du temps.
Les compétences cognitives et relationnelles. La capacité à hiérarchiser les priorités et les urgences, l’arbitrage et la prise de décision rapide. Le développement d’un 6e sens pour décoder le non-verbal, percevoir les besoins implicites de l’aidé et à adapter ses modes de communication. Finalement, la résilience, la patience, la maîtrise de soi et la capacité à gérer sous la pression sont toutes des compétences acquises dans l’expérience de proche aidant et recherchées par les organisations qui offrent des formations coûteuses pour perfectionner leurs managers.
Elles concluent que l’aidance constitue un espace d’apprentissage expérientiel générateur de compétences et transférable vers la sphère tu travail. Certains individus à la suite de leur expérience d’aidance changeront même de vocation ou transformeront leurs trajectoires professionnelles en quête d’un emploi porteur de sens et aligné avec leurs valeurs.
Conditions de travail :
Heureusement, au cours des dernières années plusieurs employeurs ont mis en place des mesures facilitantes pour les employés. Bien qu’elles ne soient pas spécifiques aux proches aidants, elles permettent un meilleur équilibre entre la vie personnelle et professionnelle. Malheureusement, elles sont souvent méconnues. On encourage donc les employeurs à les promouvoir. À titre d’exemple:
- la possibilité de faire du télétravail quelques jours par semaine ou d’avoir un horaire flexible;
- des banques d’heures pour prendre soin d’un proche ou pour des rendez-vous médicaux;
- un programme d’aide aux employés pour accéder à du soutien;
- une enveloppe santé intégrant la préparation de mets préparés;
- des solutions d’aide au sommeil;
- un service de télémédecine, etc.
Sceau Concilivi :
Prenez le temps de consulter le site Concilivi pour y découvrir les entreprises précurseures qui ont obtenu leur sceau Concilivi, une reconnaissance en conciliation famille-travail. Vous pouvez recourir à leur accompagnement pour amorcer cette démarche pour votre organisation.
Mesures gouvernementales :
Finalement, au Québec, le gouvernement a décrété une semaine nationale des personnes proches aidantes pour reconnaître leur apport essentiel à notre société et a mis en place des lois et mesures5 visant à les soutenir dans leur rôle. Ces initiatives sont conçues pour offrir une aide financière, un accès à des ressources et des services de soutien, ainsi qu’une reconnaissance accrue à la contribution inestimable de ces personnes dans notre société. Notamment :
- Des absences de courtes durées. Cette mesure prévue dans la loi sur les normes du travail au Québec (Loi 176), vous permet de vous absenter 10 jours par année dont 2 journées rémunérées pour vos obligations de proches aidants;
- Des prestations pour proches aidants de l’assurance-emploi. Vous pourriez recevoir jusqu’à 55 % de votre rémunération pour fournir des soins ou du soutien à une personne gravement malade ou blessée ou en fin de vie;
- Des prestations de compassion pour personnes proches aidantes jusqu’à 26 semaines si vous prenez soin d’un proche en fin de vie, l’assurance-emploi du Canada;
Ces mesures sont méconnues et vous avez un rôle d’éducation pour en faire connaître leur existence et pour appuyer les employés proches aidants à identifier leurs compétences développées afin de les mettre en lumière dans leur curriculum vitae, leur profil LinkedIn ou leur dossier carrière à l’interne.
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.
Références
1. Enquête statistique sur la proche aidance au Québec (2022), l’Appui pour les proches aidants
2. Sondage Léger auprès des travailleurs du Québec – Proches aidants – Édition 2024
3. Recherche en 2023 – Rutgers Center for women in business
4. Mémoire : Les apports de l’expérience de proche aidant pour le développement des compétences professionnelles
5. www.procheaidancetravail.com

