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Si vous êtes un professionnel de l’orientation scolaire et professionnelle et que vous avez eu l’occasion de rencontrer une personne cliente autiste, vous avez sûrement constaté au premier abord que vos stratégies d’intervention habituelles ne semblaient pas avoir le même impact sur cette personne que sur les autres. Vous avez peut-être même éprouvé un sentiment d’incompétence, voire une remise en question, en ayant l’impression de ne pas savoir comment l’aider. Cela est tout à fait normal et partagé parmi la majorité des intervenants qui ne sont pas autistes eux-mêmes et qui œuvrent parfois auprès de personnes autistes. De plus, dites-vous que la personne cliente autiste éprouve probablement la même chose! Il est fort à parier qu’elle se sent inadéquate et honteuse de ne pas comprendre vos interventions. Pourtant, elle souhaiterait tellement bénéficier de l’aide que, visiblement, vous offrez généreusement!
Le manque d’efficacité des stratégies habituelles peut se comprendre par le fonctionnement neurologique des personnes autistes et par leur façon de communiquer et d’interagir, qui ne se vit pas et ne s’exprime pas de la même manière que chez les personnes non autistes. Voyons d’un peu plus près ce qui caractérise l’autisme, et surtout, son expression lorsque des personnes autistes et non autistes interagissent entre elles…
Les critères diagnostiques de l’autisme
Les spécialistes habilités à faire l’évaluation d’une personne pour déterminer si elle est autiste doivent tenir compte des critères diagnostiques suivants :
1) Présenter des déficits dans la communication et les interactions sociales;
2) Avoir des activités ou intérêts restreints, souvent répétitifs;
3) Présenter ces particularités de façon persistante depuis l’enfance, sans que celles-ci ne puissent être expliquées par une autre condition.
Nous voyons que la communication et les relations humaines sont au cœur de ce qui caractérise l’autisme. Mais en quoi est-ce si différent?
Communication verbale
Au contraire de ce que l’on peut généralement penser, de nombreuses personnes ayant un diagnostic d’autisme ont acquis le langage à un âge comparable à la population générale et peuvent s’exprimer oralement. Parmi toutes les personnes reconnues comme autistes, celles qui n’utilisent aucun langage oral demeurent moins nombreuses que celles qui ont acquis le langage. Ce qui caractérise l’autisme à l’égard de la communication est que le langage n’a pas toujours la même fonction que chez les personnes non autistes. C’est pourquoi on peut remarquer habituellement deux grands types de communication orale chez les personnes autistes : elles parlent beaucoup moins, ou, au contraire, beaucoup plus que les autres. Vous avez peut-être déjà rencontré une personne cliente autiste qui parlait très peu, laissait de longs silences dans vos échanges et répondait le plus souvent à vos questions par « Je ne sais pas ». Vous avez probablement aussi remarqué des personnes autistes verbomotrices, qui semblaient monologuer sans vous laisser prendre la parole… La fonction sociale des échanges verbaux est quelque chose de difficile à saisir pour les personnes autistes, qui utilisent davantage le langage pour extérioriser leurs idées lorsqu’elles sont habiles avec les mots ou lorsqu’elles aiment les mots et ont une bonne connaissance du sujet. Étant donné que l’intervention en relation d’aide est essentiellement basée sur des échanges verbaux, on peut comprendre que la personne autiste ne sache pas trop quoi dire, ou comment le dire, en rencontre individuelle.
Communication non verbale
La communication non verbale est un langage en soi, mais qui n’est pas enseigné et qui n’a pas de code formel. Les messages non verbaux sont habituellement partagés au sein d’une même culture et sont acquis par modélisation sur ceux des autres personnes, de même que par essai et erreur. Ce type d’apprentissage est beaucoup plus difficile chez les personnes autistes. Bien qu’elles aient des expressions faciales comme tout le monde, elles n’utilisent pas forcément le langage non verbal de manière intentionnelle. Elles auront aussi de la difficulté à percevoir et à interpréter celui des autres.
Cependant, on peut aussi l’observer dans la posture, la démarche, le sourire (ou plus souvent, l’absence de sourire) ou le froncement des sourcils. Puisque le langage non verbal n’est pas significatif pour les personnes autistes, celles-ci ne réaliseront pas que leur visage ou leurs yeux envoient un message et qu’elles peuvent parfois être très mal comprises. Et enfin, elles n’ajusteront pas spontanément leur comportement en fonction des messages non verbaux envoyés par les gens autour d’elles. Par exemple, elles ne détecteront pas qu’elles parlent trop près d’une autre personne ou que l’interlocuteur ne les écoute pas. En relation d’aide, l’information provenant des messages non verbaux est très importante pour l’intervenant. Avec une personne autiste, l’intervenant pourra difficilement s’en servir et devra utiliser d’autres stratégies pour comprendre la personne cliente. Il ne pourra pas non plus utiliser ses indices non verbaux pour communiquer, par exemple, son écoute ou son empathie.
Introspection, empathie et communication de ses pensées
Un autre aspect important à garder en tête en intervenant auprès de personnes autistes en orientation ou en relation d’aide est la façon différente pour ces personnes d’organiser et de communiquer leur pensée. On entend souvent dire que les personnes autistes n’ont pas d’introspection ou n’ont pas d’empathie. C’est faux et de nombreuses personnes autistes sont tout à fait capables d’introspection et d’empathie. Cela ne se vivra toutefois pas de la même manière et ne s’exprimera souvent pas par la parole.
Une majorité de personnes autistes apprennent, comprennent et organisent leur pensée en images.
Pour se comprendre ou comprendre les autres, elles doivent recourir à des représentations visuelles, ce qui n’est pas aisé lorsqu’il s’agit de concepts abstraits et intangibles, comme les émotions ou les relations avec les autres. Il leur faudra beaucoup plus de temps et certaines de leurs idées ne pourront pas être « traduites en mots ». Plusieurs personnes autistes en counseling répondront à leur intervenant qu’elles ne savent pas comment elles se sentent, ce qu’elles veulent, ou quelles sont leurs émotions. Elles peuvent difficilement traduire en mots ce qu’elles vivent, surtout si on leur demande de le communiquer oralement et rapidement.
Adapter l’intervention en orientation
Ainsi, pour faciliter l’intervention en orientation auprès de personnes autistes, il est recommandé d’adapter son approche afin de pouvoir, dans un premier temps, rejoindre la personne autiste dans son mode de fonctionnement, et, graduellement, la soutenir à mieux comprendre et à se faire confiance pour fonctionner dans un monde majoritairement non autiste. Cela commence par adapter son style de communication, pour que le langage non verbal soit explicité et pour que le langage verbal soit précis, concret et encadrant. Il est également recommandé de recourir à des stratégies visuelles le plus possible afin de pouvoir illustrer son propos.
Faire vivre des expériences concrètes à la personne cliente autiste s’avèrera également une stratégie gagnante. Bien que la personne ait besoin d’un accompagnement individuel, il peut être épuisant pour la personne autiste de devoir déployer beaucoup d’effort pour s’exprimer avec des mots. Aussi, l’établissement d’une relation de confiance n’est peut-être pas suffisamment concret pour l’amener vers le changement.
Enfin, présenter des modèles de personnes autistes qui partagent leur expérience de vie et leur parcours professionnel peut s’avérer très efficace pour donner confiance à la personne autiste et lui montrer qu’elle a, elle aussi, sa place dans le monde du travail. Les personnes autistes se comprennent plus facilement entre elles et peuvent communiquer plus facilement leur introspection et leur empathie. Vous pouvez alors suggérer à la personne cliente autiste de communiquer sur les réseaux sociaux avec des personnes autistes qui s’affichent comme voulant soutenir la communauté autistique. Il existe plusieurs personnes autistes au Québec qui ont publié des livres, donnent des conférences et tiennent des blogues en ligne à ce sujet.
Toutes ces adaptations ne sont pas simples et demanderont un certain temps à l’intervenant pour se les approprier. Il existe d’ailleurs des outils, de la documentation et des ressources adressées aux intervenants pour se familiariser avec ce type d’approche. Et cela en vaut la peine, car la personne cliente percevra alors l’empathie de son intervenant en voyant que lui aussi travaille fort pour s’adapter à ce contexte d’interaction qui n’est pas naturel pour lui.
* Dans le respect des choix rédactionnels de ses auteurs, OrientAction publie les textes selon les conventions d’écriture qu’ils privilégient.




