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La pleine conscience et l’orientation 

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Je faisais récemment une réflexion sur le titre de conseiller d’orientation. Et si j’aime moins le mot « conseiller », puisqu’il minimise notre vrai art, j’adore le mot orientation.

J’adore le côté existentiel de l’orientation qui amène à repositionner le courage du choix et de la connaissance de soi non pas vers des réponses rapides et toutes faites, mais vers des questions plus profondes, desquelles découlera l’orientation comme telle.

Dans ce contexte, il y a une compétence que le conseiller d’orientation devra développer : celle d’être le gardien du processus. Autrement dit, le conseiller d’orientation doit avoir suffisamment de doigté pour orienter, d’instant en instant, par de bonnes questions, sans diriger et imposer ses vérités ou ses croyances.

Il doit donc à ce titre intervenir à partir d’un espace intérieur suffisamment vaste pour pouvoir « se voir aller », et ainsi poser des questions qui permettront au client de cheminer.

Et cette question d’espace intérieur, fondamentale pour le professionnel, l’est tout autant pour le client, car c’est en ayant suffisamment d’espace en lui qu’il pourra faire émerger des réponses réellement justes pour lui.

Une « bonne » séance (entre autres choses) serait donc pour le client une séance où le conseiller d’orientation sera « suffisamment présent et suffisamment en recul » par rapport à ses propres croyances pour sentir comment mener, d’instant en instant, la discussion.

Et inversement, une « bonne » séance (entre autres choses) pour le conseiller d’orientation, sera une séance où le client parlera à partir d’un espace intérieur, plus dégagé, lui permettant d’avoir le recul nécessaire pour faire la part des choses et avancer dans son questionnement.

L’espace intérieur des deux côtés est intimement lié à une forme de discernement fin : celui qui permet de surseoir momentanément à ses croyances, de davantage « se voir aller » dans ses réactions habituelles, ses peurs, ses conditionnements, ses désirs ou ses élans.

Et c’est précisément là que je constate que la pleine conscience peut devenir fondamentale.

En effet, elle constitue une posture intérieure, un mode « d’être » permettant de se repositionner dans cet espace d’observation avec davantage de curiosité, d’accueil et de recul (sans jugement).

Cet état de pleine conscience n’est pas un état que l’on syntonise entièrement à la demande tout comme on ne peut pas simplement « lâcher prise » sur commande. Même s’il semble naturel chez l’enfant, l’adulte doit souvent apprendre à le reconquérir progressivement.

La méditation peut devenir une voie privilégiée pour cela.

D’ailleurs, si l’on se réfère à l’une de ses définitions, la méditation peut être comprise comme un entraînement de l’esprit visant à vivre davantage en pleine conscience. Et la pleine conscience ou présence attentive est une façon d’être particulière et délibérée à ce qui se déroule dans l’instant présent et qui est empreint d’une grande acceptation (définition inspirée de Jon Kabat-Zinn).

Petit aparté : la méditation de pleine conscience ne se réduit pas à une technique de relaxation ni à une méthode de contrôle de soi ou de performance personnelle, comme elle est parfois présentée. Elle constitue d’abord une pratique permettant d’apaiser l’esprit et de développer le discernement dont il est question plus haut.

Dans cette pratique, nous pouvons progressivement reconquérir davantage d’espace intérieur en devenant l’observateur de tout le reste.

Si je reprends ici certains éléments de la théorie de William James sur la conscience, même si James ne parlait pas de méditation comme telle, plusieurs parallèles peuvent être faits. La méditation nous apprend, peu à peu, à mettre de l’espace entre le « Je » observateur et tout ce qui passe en nous : pensées, émotions, sensations corporelles, peurs, scénarios ou projections.

La beauté de cette pratique est qu’elle nous permet de développer cet espace à partir d’objets simples, comme le souffle, les sensations corporelles ou les émotions, etc. et ce, avant de pouvoir transposer cette même qualité de présence aux grandes questions existentielles.

À partir de là, une personne peut progressivement reconnaître avec davantage de lucidité et de discernement ce qui lui ressemble réellement… ou non.

C’est pourquoi la pleine conscience est si synergique avec notre profession.

D’abord comme pratique personnelle du professionnel lui-même. Parce qu’il devient difficile d’accompagner quelqu’un vers un espace intérieur que l’on n’a pas soi-même exploré. Mais aussi, éventuellement, comme expérience offerte au client afin de l’aider à créer davantage d’espace en lui pour mieux se percevoir.

Ultimement (et je n’embarque personne dans ma vision), peut-être que le rôle le plus profond du conseiller d’orientation est celui-ci : permettre à une personne de se réorienter vers le seul espace qui pourra lui offrir des réponses toute sa vie : elle-même.

J’aime profondément notre profession et sa dimension existentielle. Nous sommes choyés.

* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.

Références

James, W. (1890). Le moi, la conscience et l’attention. Humanité et science.

Marie-Ève Lecine, c.o.o., MBA, MA est conseillère d’orientation et fondatrice de Let It Be Méditation. Elle enseigne la méditation pleine conscience depuis plus de quinze ans auprès du grand public, des professionnels de la relation d’aide (à travers une formation certifiante) et des organisations. Elle détient trois maîtrises universitaires, dont une en cours( le dépôt est prévu en août) portant sur la conscience à travers les travaux de Jung, William James et les approches contemplatives.
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Marie-Ève Lecine, c.o.o., MBA, MA est conseillère d’orientation et fondatrice de Let It Be Méditation. Elle enseigne la méditation pleine conscience depuis plus de quinze ans auprès du grand public, des professionnels de la relation d’aide (à travers une formation certifiante) et des organisations. Elle détient trois maîtrises universitaires, dont une en cours( le dépôt est prévu en août) portant sur la conscience à travers les travaux de Jung, William James et les approches contemplatives.