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Stress psychoécologique, REDOC, imagination créatrice et Pyramide Njoya N.A.D. en contexte canadien
En 2023, les feux de forêts canadiens ont brülé 18,5 millions d’hectares. À Lytton, une ville entière a disparu en quelques heures après un record historique de 49,6°C. À Fort McMurray, 90 000 personnes ont été évacuées. Dans le Nunavut, le permafrost fond sous les fondations des maisons. Ces réalités ne sont pas des statistiques : elles sont des vies, des métiers, des identités qui vacillent. Comment orienter professionnellement dans ce monde?
Cette question est au cœur du présent blogue. En croisant le modèle REDOC d’Arnold Diemer avec la Pyramide Njoya Agentivité Décisionnelle (N.A.D.), il propose un cadre structuré pour penser la décision professionnelle à l’ère climatique.
« Le changement climatique n’est pas seulement une crise écologique. C’est une crise de la décision. » Njoudiyimoun Njoya Moustafa Ahmed
1. Le vécu climatique canadien : villes, personnes, trajectoires
Le changement climatique au Canada n’est pas une abstraction. À Lytton (C.-B.), un incendie a détruit 90 % du village en 2021. À Fort McMurray (Alberta), les incendies répétés s’ajoutent aux effets de la transition énergétique sur une ville pétrolière. À Abbotsford, les inondations de 2021 ont ruiné des centaines d’exploitations agricoles. Dans le Nunavut, la fonte du perm afrost détruit les infrastructures et l’insécurité alimentaire s’aggrave. Au Québec, les feux de 2023 ont impacté des milliers de travailleurs forestiers.
Ces situations font émerger de nouveaux profils en orientation : le travailleur déplacé par la transition énergétique ; l’agriculteur sinistré incapable de projeter un avenir ; le jeune de 18-30 ans en paralysie décisionnelle écologique (Pihkala, 2020) qui refuse tout engagement de formation à long terme. Selon Environics (2023), 67 % des Canadiens de 18 à 35 ans déclarent que la crise climatique influence directement leurs choix de carrière.
Comme le souligne Glenn Albrecht (2003) : « la détresse environnementale naît de la perte du sentiment d’appartenance à un lieu transformé ».
2. Pratiques humaines, RSE et métacompétences
Le changement climatique au Canada est aussi le produit de pratiques humaines situées. L’exploitation des sables bitumineux, le transport sur longue distance et l’étalement urbain contribuent à une empreinte carbone per capita de 14,2 tonnes de CO₂ (Environnement Canada, 2023). Comme le souligne Anthony Giddens (2009) : « le changement climatique est un produit des routines quotidiennes de la modernité avancée ».
La RSE (responsabilité sociétale des entreprises) doit dépasser la conformité pour devenir une transformation structurelle. Archie Carroll (1991) a distingué quatre niveaux de responsabilité (economique, légale, éthique, philanthropique) ; René Passet (1996) rappelle que « l’économie est incluse dans la biosphère et non l’inverse ». La RSE doit évoluer vers une responsabilité climatique intégrée : réduction des émissions, innovation écologique, transparence, engagement territorial, reconversion des travailleurs.
Ces transitions mobilisent des métacompétences : réflexivité, tolérance à l’ambiguïté, pensée systémique, gestion de l’incertitude (Mulnet ; Gardou, 2012 ; Coulet, 2011). Ces six métacompétences correspondent directement aux cinq niveaux de la Pyramide N.A.D. complétés par la clairvoyance normative.
« La transition climatique n’est pas seulement un problème technique ; elle est une épreuve de maturité cognitive et sociale. »
3. Du signal émocognitif à la décision : REDOC et Pyramide Njoya N.A.D.
Les états psychologiques liés au climat — solastalgie (Albrecht, 2003), éco-anxiété (APA, 2017), grief écologique (Clayton & Manning, 2018) — ne sont pas des défaillances. Ils constituent des signaux cognitifs qui révèlent la nécessité de repenser les cadres de l’action. Ce paradoxe — le stress qui bloque et qui éveille à la fois — est au cœur de la problématique décisionnelle en contexte climatique.
Le modèle REDOC (Diemer, 2015) apporte une contribution essentielle : on ne transforme pas les pratiques sans transformer les représentations (Sauvé, 1998-1999). Ses démarches actives développent une pensée systémique nécessaire. Mais trois limites structurelles apparaissent en contexte d’incertitude radicale : absence de prise en charge du vécu émotionnel ; insuffisance face à la rupture « comprendre → agir » ; et absence d’un cadre axiologique structuré.
La Pyramide Njoya N.A.D. comble ces limites. Ses cinq niveaux traduisent, en termes opératoires, les étapes de la reconstruction émotionnelle et professionnelle en contexte écoclimatique.
- Réflexivité critique écologique – identifier comment la crise climatique influence ses propres représentations du métier. Travailler le regard avant de travailler le choix — prolongement décisionnel de REDOC.
- Tolérance à l’incertitude – accepter que le secteur, la région et les politiques n’offriront pas de certitude à dix ans, et décider quand même.
- Anticipation scénarique – construire plusieurs scénarios de trajectoire professionnelle selon l’évolution probable des dynamiques climatiques.
- Jugement axiologique – identifier les valeurs non-négociables stables quelle que soit l’évolution du contexte. Bâtir sa carrière sur ces valeurs.
- Clairvoyance normative systémique – percevoir les effets de ses décisions sur les générations futures et les écosystèmes.
L’imagination créatrice (Piéron, 2020 ; Berque, 2000 ; Leopold, 1949) fonctionne comme opérateur médiateur entre les niveaux 2 et 3 : elle transforme l’anxiété en scénario, la peur en projection et la perte en recomposition symbolique.
« Ce n’est pas le métier qui donne sens à la crise. C’est la valeur qui donne sens au métier. »
4. Implications pour les conseillers en orientation et les éducateurs
Mia, Saskatchewan — Conseillère en financement agricole, sinistrée après les inondations de 2022. Application N.A.D. : ses valeurs fondamentales (nourrir, soutenir, construire) identifiées ; pivot vers la finance verte agroécologique. Une reconstruction, pas un retour.
Adama, Alberta — Technicien minier face à la fermeture de sa mine. Sa colère était le premier matériau de sa réflexivité critique. Valeur identifiée : contribuer concrètement à ce qui fonctionne. Transfert vers la maintenance de parcs éoliens.
Pour les conseillers : adopter un protocole d’accompagnement en cinq temps aligné sur la N.A.D. ; intégrer dans l’entretien initial les questions relatives à l’impact climatique ; travailler le deuil professionnel avant la reconstruction. Pour les éducateurs : créer des espaces de parole écologique ; intégrer des ateliers de scénarios professionnels 2040 ; valoriser les métacompétences transférables.
« Ce n’est pas en protégeant les étudiants de l’anxiété climatique qu’on les prépare à décider. C’est en leur apprenant à penser avec elle. » – Njoudiyimoun Njoya Moustafa Ahmed
Conclusion : l’anxiété climatique transformée en lucidité décisionnelle
REDOC fournit la grammaire cognitive ; la Pyramide Njoya N.A.D. en constitue la syntaxe décisionnelle. Ensemble, ils permettent de former des sujets capables d’arbitrer et d’agir dans un monde instable. La reconstruction émotionnelle durable n’est pas le retour à un état antérieur. C’est la capacité à construire, depuis le traumatisme même, une trajectoire professionnelle cohérente avec ce que l’on est et avec ce que le monde exige.
« L’anxiété climatique transformée en lucidité décisionnelle : voilà le vrai travail de l’orientation professionnelle à l’ère du changement climatique. »
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.
Références
Albrecht, G. (2003). Solastalgia. Alternatives Journal, 29(1).
American Psychological Association (2017). Mental Health and Our Changing Climate. APA.
Berque, A. (2000). Écoumène : introduction à l’étude des milieux humains. Paris : Belin.
Carroll, A. B. (1991). The Pyramid of Corporate Social Responsibility. Business Horizons, 34(4).
Clayton, S., & Manning, C. (2018). Psychology and Climate Change. Academic Press.
Coulet, M. (2011). La compétence et ses déclinaisons. Toulouse : Octares. De La Garanderie, A. (1980). Les profils pédagogiques. Paris : Bayard.
Diemer, A. (2015). Le modèle REDOC en éducation au développement durable. Revue d’éducation relative à l’environnement.
Environics Institute (2023). Canadian Climate Values Study. Toronto.
Environnement et Changement climatique Canada (2023). Rapport d’inventaire national des GES. Ottawa.
Freeman, R. E. (1984). Strategic Management : A Stakeholder Approach. Boston : Pitman
Gardou, C. (2012). La société inclusive, parlons-en. Toulouse : Érès.
Giddens, A. (2009). The Politics of Climate Change. Cambridge : Polity Press.
Gouvernement du Canada (2023). Rapport sur les feux de forêts. Ressources naturelles Canada.
Leopold, A. (1949). A Sand County Almanac. Oxford : Oxford University Press.
Mulnet, D. (éd.). Travaux sur les métacompétences et l’éducation au développement durable.
Passet, R. (1996). L’économique et le vivant. Paris : Economica.
Pihkala, P. (2020). Eco-anxiety and environmental education., Sustainability, 12(23).
Piéron, J.-P. (2020). L’imagination environnementale. Paris : Vrin.
Porter, M. & Kramer, M. (2011). Creating Shared Value. Harvard Business Review, 89(1-2).
Savickas, M. (2013). Career Construction Theory. In Career Development and Counseling. Wiley.
Sauvé, L. (1998-1999). Représentations et éducation relative à l’environnement. Éducation et francophonie, 26(1).
Tedeschi, R., & Calhoun, L. (2004). Posttraumatic Growth. Psychological Inquiry, 15(1).
UNESCO (2002). Éducation au développement durable. Paris : UNESCO.




