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Des compétences invisibles à valoriser : l’expérience des jeunes personnes proches aidantes

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La proche aidance prend de multiples formes et de réalités, et peut concerner toute personne de l’entourage. Il peut s’agir d’un parent, d’un enfant, d’un(e) conjoint(e), d’un(e) ami(e), d’un(e) voisin(e) ou même d’un(e) collègue. N’importe quel jeune âgé de 6 à 25 ans peut devenir une personne proche aidante, quels que soient son milieu de vie, sa structure familiale ou la situation financière de sa famille (Proche aidance Québec [PAQ], 2026a).

Ce rôle additionnel dépasse souvent les responsabilités habituellement associées à son âge et s’ajoute à l’école, aux loisirs, au travail et à la vie sociale. La jeune personne proche aidante peut offrir du soutien émotionnel, accomplir des tâches domestiques, accompagner un ou une proche à ses rendez-vous ou participer à ses soins. Cette expérience peut avoir des effets positifs ou négatifs, à court comme à long terme. Pourtant, plusieurs jeunes ne se reconnaissent pas dans ce rôle, leurs gestes leur paraissant normaux ou allant de soi.

Cette absence de mots contribue souvent à leur invisibilité.

Au Québec, environ 2 076 000 personnes, soit 27 % de la population, soutiennent un ou une proche en situation d’incapacité. Cette proportion serait de 13,4 % chez les 15 à 29 ans (Camirand, 2026). Une mobilisation collective est essentielle pour reconnaître ces jeunes et soutenir leur parcours scolaire et leurs projets. Une intervention préventive dans leur milieu de vie, notamment à l’école, pourrait aussi réduire leurs besoins futurs en services plus intensifs (PAQ, 2026a).

 

Les répercussions qui évoluent avec le parcours scolaire

Les répercussions de la jeune proche aidance  dépendent de divers facteurs, tels que l’âge, le stade de développement, la nature et l’intensité de l’aide apportée, la dynamique familiale et le soutien disponible. Des tâches apparemment courantes peuvent devenir source d’inquiétude lorsqu’elles sont fréquentes, essentielles ou inadaptées compte tenu de l’âge de la personne concernée. Elles risquent alors de réduire le temps consacré au repos, aux loisirs et à l’éducation (Dorard et al., 2024). Plus l’engagement est précoce, plus il est susceptible d’affecter le développement et le parcours scolaire sur le long terme (Association des proches aidants Arthabaska–Érable [APAAE], 2026).

Au primaire et au secondaire, la fatigue, les troubles du sommeil, les préoccupations familiales, l’absentéisme et les difficultés de concentration peuvent entraver les apprentissages, le respect des échéances et la réussite scolaire (PAQ, 2026a). De plus, la jeune personne peut faire face à de la stigmatisation ou à de l’exclusion si elle cherche à préserver son proche du jugement des autres (Boucher & Fitzpatrick, 2024). Bien que l’école puisse être un lieu de répit grâce à ses routines et à la présence d’adultes qui font preuve de bienveillance, elle peut aussi être un endroit difficile pour certain(e)s élèves.

Lorsque l’on poursuit ses études postsecondaires, il est possible que la conciliation entre les études, le travail, la vie personnelle et l’aide apportée limite le choix d’un programme ou d’une école. Cela peut aussi restreindre la mobilité et rendre le cheminement moins linéaire (PAQ, 2026a). Selon une étude québécoise, près de 60 % des jeunes personnes proches aidantes ont de la difficulté à se concentrer en classe ou ont moins de temps qu’elles le souhaiteraient pour étudier. Seuls 8 % des élèves pensent que leurs professeurs et professeures comprennent leur vécu et leur réalité (Villatte et Habib, 2025).

Lors de la transition vers l’emploi, les responsabilités liées à la proche aidance peuvent entrainer de la difficulté à accéder aux stages, à chercher et à conserver un emploi, en plus de limiter la disponibilité attendue. Certaines jeunes personnes peuvent ainsi se retrouver sans emploi ou être contraintes à travailler à temps partiel afin de pouvoir assumer leurs responsabilités liées à leur rôle de proche aidante (Stamatopoulos, 2018). La culpabilité, la crainte de révéler leur situation et l’adaptation insuffisante des milieux contribuent à maintenir leur rôle invisible. En l’absence de reconnaissance et d’adaptation sur le marché du travail, les conditions sont souvent mal adaptées à leurs réalités, ce qui les désavantage par rapport à leurs pairs (Observatoire québécois de la proche aidance, 2024). Par conséquent, un repérage précoce et un soutien flexible sont indispensables pour protéger leurs aspirations scolaires et professionnelles.

 

Des compétences réelles, mais souvent invisibles

Si la jeune proche aidance peut avoir un lot de répercussions, elle peut également favoriser le développement d’une expertise et de compétences précieuses. Parmi celles-ci, on peut retrouver l’intelligence émotionnelle, l’empathie, la compassion, le sens de l’organisation, la créativité, la polyvalence, l’autonomie, la maturité et la capacité d’adaptation. Certaines jeunes personnes proches aidantes peuvent également rapporter un sentiment d’utilité et de fierté, une meilleure estime de soi, un lien familial renforcé et une meilleure relation avec le parent non malade (PAQ, 2026 et Observatoire québécois de la proche aidance, 2024). Ces acquis peuvent être transférés aux études et au travail. Pour certaines personnes, l’expérience de proche aidance peut orienter le choix d’un programme ou d’un métier lié aux soins, au soutien ou aux relations d’aide.

Or, la reconnaissance des forces et des compétences développées ne devrait jamais servir à justifier des responsabilités excessives ou inadaptées à l’âge de la jeune personne proche aidante. Ce rôle s’ajoute souvent aux activités propres à l’enfance et à l’adolescence, et peut entrer en conflit avec elles. La valorisation des compétences doit donc aller de pair avec la prévention de la surcharge et l’accès à un accompagnement adapté (APAAE, 2026).

 

Reconnaître et accompagner sans stigmatiser 

Parce que l’aide apportée à un ou une proche est souvent perçue comme une responsabilité familiale normale, les besoins des jeunes peuvent être minimisés, voire ignorés. Il importe donc d’adopter une approche systémique, qui reconnaît que la proche aidance s’inscrit dans des dynamiques familiales et relationnelles plutôt que de se limiter aux personnes qui s’identifient spontanément comme proches aidantes (PAQ, 2026b).

L’ensemble des milieux qui entourent les jeunes, que ce soient les écoles, les établissements postsecondaires ou les milieux de travail, devraient être sensibilisés aux réalités de la jeune proche aidance et formés à en reconnaître les signes. Une meilleure compréhension des expériences vécues et l’adoption de pratiques adaptées peuvent réduire les risques de réponses inadéquates, de désorganisation, d’absentéisme ou de décrochage scolaire (Dorard et al., 2024). De plus, il demeure essentiel d’offrir des espaces confidentiels, bienveillants et exempts de toute stigmatisation, où les jeunes peuvent parler de leur situation sans craindre d’être jugés ou jugées.

Les organismes communautaires jouent un rôle complémentaire dans l’accompagnement et la formation des milieux pour soutenir les jeunes personnes aidantes. Des ressources existent déjà, telles que le Guide d’accompagnement des jeunes personnes proches aidantes de l’Association des proches aidants Arthabaska-Érable, le magazine KARE du Regroupement des aidants et des aidantes naturels de Montréal et la série de bandes dessinées « Et si on en parlait » de l’Observatoire québécois de la proche aidance, qui favorisent également l’autoreconnaissance. Une meilleure collaboration entre les familles, les établissements et le milieu communautaire permettrait d’accompagner les jeunes sans les stigmatiser ni minimiser leurs responsabilités.

 

Conclusion

En cette Semaine nationale des personnes proches aidantes, soulignons que plus d’une personne sur quatre au Québec est proche aidante. Ces personnes sont cruciales pour notre société. Ainsi, l’enjeu central n’est pas seulement de favoriser la conciliation des responsabilités, mais aussi de rendre visible une réalité invisible, de changer les représentations sociales et de créer des conditions favorables à la reconnaissance et à l’orientation vers du soutien approprié. Le Québec s’est doté d’une loi pour reconnaitre et soutenir les personnes proches aidantes, affirmant que c’est un statut social légitime et une responsabilité collective. Cette reconnaissance ouvre aujourd’hui la voie à un nouveau chantier essentiel : faire connaître et reconnaître les jeunes personnes proches aidantes dans l’espace public, scolaire, social et institutionnel.

*Dans le respect des choix rédactionnels de ses auteurs, OrientAction publie les textes selon les conventions d’écriture qu’ils privilégient.

 

Références

Association des proches aidants Arthabaska–Érable. (2026). Guide d’accompagnement des jeunes proches aidant·es [Guide]. https://prochesaidantsae.com/wp-content/uploads/2026/08/Guide-accompagnement_jpa-2026-vd.pdf.

Boucher, V., & Fitzpatrick, O. (2024). KARE : Le magazine des jeunes proches aidants. Regroupement des aidantes et des aidants naturels de Montréal (RAANM) et AMI-Québec. https://www.raanm.net/wp-content/uploads/2024/05/240502-RAANM-JPA-magazine-FR.pdf.

Camirand, H. (2026, 17 juin). La proche aidance au Québec. Institut de la statistique du Québec. https://statistique.quebec.ca/fr/produit/publication/proche-aidance-au-quebec.

Dorard, G., Barclay Bourgeois, A., & Untas, A. (2024). Les jeunes aidants : Guide de sensibilisation pour les professionnels en milieu scolaire [Guide]. Association nationale Jeunes AiDants Ensemble (JADE) et programme de recherche JAID, Université Paris Cité. https://jeunes-aidants.com/custom/uploads/2024/11/GUIDE-SENSIBILISATION-JAID_2024.pdf.

Observatoire québécois de la proche aidance. (2024). Trajectoire des jeunes personnes proches aidantes. CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. https://observatoireprocheaidance.ca/trajectoire-des-jeunes-personnes-proches-aidantes-ppa/.

Proche aidance Québec. (2026a). Aider les jeunes personnes proches aidantes à s’épanouir : Guide (Éd. mise à jour).

Proche aidance Québec. (2026b). Mémoire – La proche aidance et la santé mentale, l’itinérance et la dépendance [Mémoire]. https://procheaidance.quebec/wp-content/uploads/2026/06/Proche-aidance-Quebec_20260603.pdf

Stamatopoulos, V. (2018). « The young carer penalty: Exploring the costs of caregiving among a sample of Canadian youth ». Child & Youth Services, 39(2-3), 180–205. https://doi.org/10.1080/0145935X.2018.1491303

Villatte, A., & Habib, R. (2025, 29 janvier). Comment repérer et soutenir les jeunes qui prennent soin des leurs? [Présentation PowerPoint, webinaire de lancement]. L’approche, Université du Québec en Outaouais. https://lapproche.uqo.ca/wp-content/uploads/2025/01/ESPQ-Lapproche-presentation-29-janvier-2025_VF.pdf

 

 

 

Loriane Estienne est directrice générale Proche aidance Québec, le principal regroupement provincial qui sensibilise, défend les droits et soutient les organismes qui accompagnent les personnes proches aidantes sur le terrain. Depuis 2023, elle a l’honneur de porter leur voix, ainsi que celle des organismes communautaires membres du regroupement, dans les médias, devant les instances gouvernementales et dans les espaces de concertation nationaux, tant sur le financement, la conciliation proche aidance–travail, que la reconnaissance de ceux et celles qui donnent sans compter. Cet article a été co-écrit avec ses collègues Dorothée Gamache, coordonnatrice à la vie associative et Yasmine Dakhlaoui-Bujold, chargée des communications.
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Loriane Estienne est directrice générale Proche aidance Québec, le principal regroupement provincial qui sensibilise, défend les droits et soutient les organismes qui accompagnent les personnes proches aidantes sur le terrain. Depuis 2023, elle a l’honneur de porter leur voix, ainsi que celle des organismes communautaires membres du regroupement, dans les médias, devant les instances gouvernementales et dans les espaces de concertation nationaux, tant sur le financement, la conciliation proche aidance–travail, que la reconnaissance de ceux et celles qui donnent sans compter. Cet article a été co-écrit avec ses collègues Dorothée Gamache, coordonnatrice à la vie associative et Yasmine Dakhlaoui-Bujold, chargée des communications.
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