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Les axiomes du développement de carrière
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Les axiomes du développement de carrière

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Existe-t-il des idées auxquelles tous les professionnelles et professionnels du développement de carrière au Canada seraient totalement en accord? Je suis d’abord parti à la recherche d’une définition de telles idées : Prémisses? Postulats? Lois? Dogmes? Non, ce sont des « axiomes ». Nous associons généralement ce terme aux mathématiques, mais un axiome, c’est-à-dire une proposition admise par tout le monde, acceptée comme vraie sans démonstration, selon Antidote, peut-être également philosophique ou scientifique. Donc, pourquoi n’y aurait-il pas des axiomes du développement de carrière?

Y en a-t-il? Je vous invite à tenter une petite expérience. Je vais vous présenter 10 idées que je considère axiomatiques, s’il y en a avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord, vous l’affirmez haut et fort dans la boîte ci-dessous. Et, s’il y en a auxquelles vous pensez et que je ne les ai pas nommées encore, vous l’affirmez haut et fort. Prêt? On y va. Commençons par la base.

  1. Nous naissons et nous mourrons. Pas si simple de s’entendre. Il y a de grands débats sur le moment précis où la vie commence et le moment précis où elle se termine. Mais, je crois que nous pouvons être d’accord avec le fait que nous avons tous un début et une fin. Delà découle beaucoup de corollaires, conséquences nécessaires et inévitables (Antidote). L’écoulement du temps en est un corollaire de taille, c’est ce que nous appelons la durée de vie. Un autre est que pendant la vie, il y a le développement. Qu’il soit positif ou négatif, lent ou rapide, accéléré ou freiné, le développement se poursuit de la naissance jusqu’à la mort.

La vie et le développement sont à respecter avant tout, à chérir à tout prix, à valoriser avant tout, une valeur fondamentale de notre domaine et à la base de nos interventions.

  1. Nous naissons avec un bagage. Dès que les gamètes fusionnent et forment le zygote, le développement commence. Dès notre entrée dans le monde, plusieurs aspects de notre identité sont formés, la couleur de notre peau, notre sexe (je n’ai pas dit immuable), la présence ou l’absence d’anomalies, etc. Plusieurs ne le sont pas totalement, notre grandeur, l’acuité visuelle, auditive, gustative, certaines parties de notre cerveau, etc.

Rapidement, nous réalisons que les différentes parties de notre corps et notre psyché sont intimement liées, voir indissociables et qu’elles s’interinfluencent dans notre développement. J’ai souvent pensé que je connaissais très mal mon corps. Une grande partie échappe à mon contrôle. N’est-il pas curieux que nous parlions de « mon » corps et non de « moi corps » comme si notre corps est en quelque sorte dissocié de nous?

Nos interventions ont pour but la connaissance de soi, dans toutes ses composantes.

  1. Nous naissons dans un environnement. L’environnement dans lequel nous vivons est très complexe. Il se compose de plusieurs dimensions en commençant par le biophysique et le culturel (tout ce qui n’est pas inné), de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Il inclut les dimensions animales et humaines.

Notre environnement impose des structures, des lois, des normes, un passé, un présent et une anticipation du futur. Notre environnement est à la fois très diversifié et singulier. Nous sommes à la fois autonomes, indépendants et reliés, dépendants avec toutes les autres constituantes de l’environnement. Si chacun de nous serrerions la main à la personne la plus proche de nous, nous aurions bientôt fait le tour du monde.

Nos interventions visent à faire mieux connaître et comprendre notre environnement. Comme tous les autres humains, les professionnelles et professionnels du développement de carrière sont influencés par leur environnement et influencent leur environnement.

  1. Nous nous développons par l’interaction avec l’environnement. Avez-vous déjà essayé de vous définir sans référence à votre environnement? Complétez la phrase suivante par un seul qualificatif, « je suis… ». Maintenant, définissez ce mot, mais sans référence à l’environnement. Notre identité est le produit de notre représentation de soi dans notre environnement, les deux sont indissociables.

Tout au long de notre vie nous agissons ou réagissons à l’environnement. Par le fait même, nous modifions notre environnement qui, à son tour, nous modifie.  Graduellement, nous accumulons des connaissances et des expériences qui dirigent notre interaction. C’est ainsi que nous nous développons.

Nos interventions sont basées sur la croyance que lorsque nous aidons une personne à mieux connaître et comprendre son environnement, mieux elle se connaît et se comprend, et mieux elle peut agir sur son environnement. Il y a trois dimensions à cet énoncé : l’individu, l’environnement et l’interaction. La qualité de l’interaction est aussi à la base de nos interventions.

  1. Chaque individu est unique. L’interaction entre notre identité et l’environnement fait en sorte que nous sommes uniques tout en étant semblables aux autres. Ce n’est pas que nous possédons des caractéristiques que nous seuls possédons qui fait que nous sommes uniques. C’est la combinaison de nos caractéristiques qui fait que nous sommes uniques. Pour illustrer ceci, mentionnons que nous avons tous un ADN différent, mais que tout ADN est composé des mêmes acides aminés. C’est la séquence dans la chaîne et la présence ou l’absence de certains acides aminés qui font que l’ADN est unique et donc que nous sommes uniques. Soit dit en passant, l’ADN de jumelles ou de jumeaux identiques comporte aussi de petites différences. Mentionnons également que notre ADN change tout au long de notre vie, sous l’effet de notre environnement.

Que nous soyons uniques ne signifie pas que n’avons qu’un tracé, un destin ou un futur. Bien au contraire, le fait que nous soyons uniques signifie que nous sommes multipotentiels, nous avons accès à plusieurs compétences pour répondre à nos besoins.

Nos interventions cherchent à aider la personne à identifier son unicité et ses similarités, à développer ceux-ci dans son interaction avec l’environnement et dans son développement. Nous devons valoriser l’unicité. Ne pas voir les différences comme des limites, mais des forces.

  1. Nous recherchons le bonheur. Le bonheur est un état de bien-être que nous vivons lorsque nous satisfaisons nos besoins. Chacun a sa conception personnelle du bonheur et de comment l’obtenir. Même si nous sommes uniques ce qui est constant chez chaque personne est cette recherche du bonheur. Les moyens divergent, la définition même diverge, mais la recherche est commune.

Selon les différentes sources de bonheur inventoriées par les chercheurs, le travail ressort toujours parmi les premières. Il est certain qu’une personne heureuse est plus en mesure de se développer et d’avoir des interactions plus satisfaisantes avec son environnement.

Nos interventions ont pour but d’assister les individus dans leur recherche du bonheur en les aidant dans la formulation de leur définition personnelle du bonheur et en cheminant vers son atteinte.

  1. La carrière n’est qu’une des dimensions de l’être. Comme nous l’avons déjà amplement démontré, l’interaction entre la personne et son environnement est multidimensionnelle. Mentionnons seulement, à titre d’exemples, les dimensions biologique, psychologique, spirituelle, sociologique, politique ou légale. Pour nous, celle qui attire notre attention et engage notre énergie est la carrière ou dimension carriérologique.

Définissons la carrière comme étant la relation entre la personne et le travail rémunéré. J’ajoute la précision de la rémunération pour faire une distinction avec le travail non-rémunéré qui relève d’autres dimensions. Je ne dévalorise pas le travail non-rémunéré ou son rôle, je veux simplement circonscrire la carrière. Dans la relation entre la personne et le travail, j’inclus l’éducation et la formation.  Précisons également que la relation peut se définir par l’absence de travail comme dans le cas des arrêts de travail, de chômage ou de transition d’emploi.

La dimension carriérologique est en étroite relation avec les autres dimensions. Nous reconnaissons depuis longtemps, par exemple, la relation entre la carrière et la famille ou la carrière et la santé mentale. Nos interventions se construisent sur ces relations. Nous visons une intégration harmonieuse des différentes dimensions.

  1. Nos décisions sont le moteur de notre développement. Qu’est-ce qui nous permet de nous développer? N’est-ce pas les décisions que nous prenons? Chaque jour de notre vie, nous prenons des centaines, sinon des milliers de décisions. Simplement en lisant ce texte, vous, à l’aide de votre cerveau, décodez et interprétez les stimulations visuelles que sont les traits sur l’écran ou le papier. Il y a plusieurs types de décisions de la plus brève et inconsciente à la plus complexe et porteuse de conséquences.

Les décisions sont les instruments par lesquels nous nous développons en vue d’atteindre notre bonheur. Si nous perdons de vue cet objectif et que les décisions deviennent la fin en soi, nous manquons à notre mission.

Nous nous intéressons en priorité aux décisions relatives au développement de carrière. Comment elles sont prises, mais aussi comment elles se réalisent, se modifient ou se changent. Et surtout comment elles permettent l’atteinte du bonheur. Ce sont des décisions qui s’imbriquent les unes dans les autres et déterminent notre style de vie.

  1. Nous n’avons pas le plein contrôle de notre développement. Dans le contexte de notre interaction avec l’environnement, la réalisation de certaines décisions, donc notre développement, nous échappe. Par exemple, je peux décider de poser ma candidature pour un emploi, mais je peux ne pas l’obtenir. Je n’ai pas de contrôle sur les décisions des autres.

Par contre, nous avons le plein contrôle de nos décisions. Nous avons toujours le choix. Si je pense que je n’ai pas le choix, c’est probablement parce que je n’accepte pas les conséquences de certaines options.

Par conséquent, tout individu peut changer, car il a le contrôle de ses décisions. Si je ne peux pas changer une de mes caractéristiques, ma grandeur, par exemple, je peux changer comment je me la représente. Nous avons tous des exemples d’individus qui ont accompli des choses incroyables malgré des limites apparemment insurmontables.

Nos interventions visent à apprendre de nos décisions et de leurs résultats. Ce qui nous appartient et ce qui ne relève pas de notre contrôle. Comment s’adapter et poursuivre notre développement?

10. Chaque individu peut contribuer au développement de son environnement. Le développement se fonde sur le principe que pour atteindre son bonheur, chaque individu doit contribuer au développement de son environnement. Dans le contexte de la carrière, cette contribution se fait par sa relation avec le travail rémunéré.

Je ne suis pas en train d’affirmer que tous doivent avoir un travail rémunéré. L’étudiante, la personne retraitée ou la personne qui choisit de s’occuper de ses enfants ou de ses parents vieillissants entretiennent une relation avec le travail rémunéré. Elles ont, ou devraient avoir, un projet de carrière. Elles ont peut-être décidé de diminuer leur contribution par le travail rémunéré pour se consacrer à d’autres façons de contribuer à leur environnement.

Chaque environnement, collectivité, communauté ou société, se développera de façon optimale si les individus qui la composent contribuent à son développement. La contribution variera selon le contexte spécifique de chaque individu, mais tous peuvent y contribuer. De la même façon, chaque environnement a le devoir de faire en sorte que chaque individu puisse contribuer à son développement.

Voilà dix axiomes sur lesquels, je crois, se fonde le domaine du développement de carrière.  Ils ne sont pas linéaires, mais circulaires. Ils sont tous interreliés. J’aurais pu commencer ma présentation par n’importe lequel. Il y en a probablement d’autres tout comme il y en a peut-être que je devrais enlever. C’est à vous de me le dire, car je crois que nous devons avoir cette discussion. Je vous invite à l’avoir dans votre milieu, environnement.

Si nous voulons que notre domaine professionnel soit reconnu, valorisé et prospère, nous devons le promouvoir. Selon moi, nos échanges avec nos aidantes, nos aidants, nos collègues, nos partenaires, nos employeurs et les représentants gouvernementaux doivent être basés sur un ensemble d’axiomes. Ces groupes doivent partager nos croyances pour que leur appui et la collaboration soient efficaces. Lorsque nous proposons une intervention, un programme ou un projet, nous devrions pouvoir l’appuyer sur ces croyances fondamentales. Le développement de carrière peut aider l’individu et l’environnement. Il est irremplaçable car il fait partie de la vie. C’est à nous à le démontrer.

Cet article est paru à l’origine sur le site Orientaction.ca le 17 mars 2015.

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