Marché du travail

Le trou noir

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Chez nous, ces temps-ci, nous entendons beaucoup parler du « trou noir ». Non, ce n’est pas le phénomène astronomique causé par un vide total, mais un trou causé par une absence de revenu principalement chez les prestataires d’assurance-emploi. Il survient lorsque le nombre de semaines de travail additionné au nombre de semaines de prestations d’assurance-emploi est inférieur à 52.

Les calculs ne sont pas simples. J’ai demandé à plusieurs personnes comment faire le calcul et j’ai consulté le site internet de l’assurance-emploi sans trop de succès. Une chose est certaine, le nombre de semaines allouées dépend du taux de chômage dans la région. Par exemple, un travailleur saisonnier d’usine de transformation de poissons et de fruits de mer du nord-est du Nouveau-Brunswick doit maintenant travailler pendant 490 heures (approximativement 13 semaines à 40 h/s) pour toucher 23 semaines de prestations, un total de 36 semaines, donc un trou de 16 semaines. Cette méthode de calcul, qui s’appuie sur le taux de chômage, présente plusieurs difficultés. Principalement, elle ne tient pas compte des mouvements géographiques de la population.

Aujourd’hui, le 20 mars, l’Acadie Nouvelle, le quotidien du Nouveau-Brunswick publiait qu’en réponse à la grogne populaire, les deux paliers de gouvernement s’unissent pour offrir un soutien financier d’urgence aux travailleurs victimes du « trou noir » de l’assurance-emploi. 

C’est-à-dire, les prestataires recevront l’équivalent de leur prestation pendant sept semaines, à condition de suivre 30 heures par semaine de formation jusqu’à la reprise des activités saisonnières. L’objectif avoué par les gouvernements est de leur permettre de trouver un emploi à l’année.

Cette nouvelle est bien accueillie par certains, mais très mal par d’autres et les manifestations ont repris de plus belle. Les gens s’opposent à ce que les gouvernements les obligent « à retourner sur les bancs d’école ».

Je ne pense pas qu’à elle seule, cette modification du programme arrivera à corriger le problème structurel du marché du travail, mais c’est un départ.  Le programme d’assurance-emploi a pour objectif principal d’aider les personnes qui perdent leur emploi à subvenir à leurs besoins en attendant qu’elles se trouvent un nouvel emploi. L’objectif n’est pas de combler un manque à gagner qui survient annuellement. Le problème en est un de la structure même de l’industrie qui n’est pas étalée sur toute l’année.

Un homme, interviewé par Radio-Canada, a déclaré « ça fait 40 ans que je fais ça, je ne veux pas changer ». Nous savons intuitivement qu’il y a un pourcentage indéterminé de gens qui ne veulent pas changer leur mode de vie. Plusieurs personnes sont satisfaites de travailler le minimum de semaines requises et ensuite de recevoir les prestations d’assurance-emploi, ce que nous appelons la « 12-40 ».

Mais pourquoi adoptent-ils ce style de vie? C’est la question que je pose aux professionnels du développement de carrière. Qu’est-ce qui motive une personne à vouloir travailler le moins possible pour vivre avec un revenu moindre? Pourquoi une personne décide-t-elle de ne pas vouloir améliorer sa situation?

Je ne me souviens pas d’une théorie du développement de carrière qui aborde la motivation de travailler, la motivation au travail, oui, mais pas la motivation à travailler. Comment une personne arrive-t-elle à la décision de dire « moi, je vais travailler juste assez pour avoir « mes stamps » et je vais sur l’assurance-chômage (U.I.C.) »? La chanson du groupe 1755 vient à l’esprit, « C’est le fun hein en Acadie; Sur le U.I.C ».

Une recherche rapide dans la littérature scientifique n’a pas permis d’identifier des articles de recherche sur le sujet. Je fais donc un appel au domaine, nous devons mieux comprendre ce phénomène. Ce sera notre contribution à ce problème.

Cet article est paru à l’origine sur le site Orientaction.ca le 27 mars 2018.

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